QScale est un opérateur québécois de centres de données spécialisés dans l'entraînement et l'inférence de systèmes d'intelligence artificielle, fondé en 2018 et établi à Lévis. Le 13 mai 2026, la société a annoncé que Goldman Sachs Alternatives, la plateforme d'investissement alternatif de la banque américaine (625 milliards de dollars US sous gestion), acquiert une participation majoritaire à ses côtés et à celui des fondateurs. La transaction soulève une question de gouvernance immédiate : qui contrôle désormais l'infrastructure IA québécoise ?
L'annonce intervient dans un contexte de tension entre la stratégie d'attraction des centres de données du gouvernement Legault et les inquiétudes sur la souveraineté de l'infrastructure de calcul. Selon Radio-Canada, le gouvernement du Québec, actionnaire via Investissement Québec depuis 2021, conserve sa participation et enregistre un gain en capital d'environ 100 millions de dollars, sa mise initiale ayant quadruplé.
Quels sont les chiffres clés de la transaction QScale-Goldman Sachs ?
Le montant exact de la transaction n'a pas été divulgué publiquement. Les éléments financiers connus sont les suivants :
- Plateforme acquéreuse : Goldman Sachs Alternatives, 625 milliards de dollars US d'actifs sous gestion (The Globe and Mail, 13 mai 2026).
- Capacité actuelle du campus Q01 à Lévis : 142 mégawatts contractualisés auprès d'Hydro-Québec.
- Investissement annoncé pour les phases 5 à 8 du campus de Lévis : 700 millions de dollars.
- Investissement prévu pour le nouveau site ontarien : plus de 4 milliards de dollars, pour une capacité « plusieurs fois » supérieure à celle de Lévis.
- Conseillers financiers : Banque Scotia et Valeurs mobilières TD.
- Tarif Hydro-Québec applicable aux centres de données : 13 cents par kilowattheure, soit environ le double du tarif industriel standard.
QScale conserve son siège social à Lévis ainsi que son équipe de direction, le cofondateur et président Martin Bouchard réinvestissant aux côtés des cadres supérieurs.
Pourquoi cette transaction pose-t-elle un enjeu de souveraineté ?
L'infrastructure de calcul est l'un des trois piliers techniques de la chaîne de valeur de l'IA, avec les données et les modèles. Lorsque l'opérateur passe sous contrôle étranger majoritaire, trois risques de gouvernance émergent.
Premièrement, la localisation des charges de travail. Goldman Sachs Alternatives a annoncé que la priorité stratégique est l'expansion ontarienne (4 milliards de dollars), dont la capacité dépassera plusieurs fois celle du campus québécois. Le centre de gravité opérationnel pourrait se déplacer hors du Québec.
Deuxièmement, la rente énergétique. Hydro-Québec a alloué 142 MW à QScale alors que la file d'attente des projets de centres de données dépasse plusieurs milliers de mégawatts pour une capacité disponible limitée. Cette allocation publique est désormais valorisée au bénéfice d'un actionnaire majoritaire étranger.
Troisièmement, l'accès des organisations publiques québécoises à une infrastructure souveraine. Selon Radio-Canada, aucune donnée gouvernementale n'est actuellement stockée chez QScale, mais la Banque publique de données mandatée à BAnQ en mai 2026 et la Directive d'encadrement de l'IA dans le secteur public (conformité totale exigée d'ici le 5 juin 2026) supposent un accès à des capacités de calcul conformes à la Loi 25.
Quelles réactions politiques au Québec ?
L'opposition libérale a réagi le jour de l'annonce. Le député Frédéric Beauchemin a critiqué la perte de contrôle sur un fleuron de l'innovation québécois, selon Radio-Canada. Le gouvernement Legault défend la transaction en mettant en avant le maintien du siège social à Lévis, la conservation de la direction québécoise et le gain en capital pour le contribuable.
Quel cadre réglementaire encadre une telle transaction ?
Au Canada, les acquisitions par des investisseurs étrangers de plus de 1,989 milliard de dollars (seuil 2026 pour les investisseurs OMC, selon Innovation, Sciences et Développement économique Canada) déclenchent un examen automatique sous la Loi sur Investissement Canada. Le ministre fédéral peut imposer un examen pour motif de sécurité nationale même sous ce seuil. La participation d'Investissement Québec n'est pas remise en cause par la transaction. Toutefois, aucune disposition fédérale ou provinciale n'oblige actuellement un opérateur de centre de données IA à garantir une priorité d'accès aux organisations publiques canadiennes, contrairement à ce qui se prépare dans le cadre de l'initiative fédérale du Système canadien d'infrastructure publique de calcul (SCIP), dont l'appel à propositions de 890 millions de dollars est ouvert jusqu'au 1er juin 2026.
Questions fréquentes
Goldman Sachs détient-il maintenant 100 % de QScale ?
Non. Goldman Sachs Alternatives détient une participation majoritaire. Le cofondateur Martin Bouchard, les cadres supérieurs et le gouvernement du Québec, via Investissement Québec, conservent des participations minoritaires. Le montant exact des parts n'a pas été divulgué publiquement le 13 mai 2026.
QScale héberge-t-il des données du gouvernement du Québec ?
Selon Radio-Canada (13 mai 2026), aucune donnée gouvernementale québécoise n'est actuellement hébergée chez QScale. Les centres de Lévis servent à des charges de calcul IA pour des clients commerciaux. La question de l'usage public futur reste ouverte dans le contexte de la Banque publique de données mandatée à BAnQ.
Combien de mégawatts QScale exploite-t-il au Québec ?
QScale dispose d'un contrat avec Hydro-Québec pour 142 mégawatts au campus Q01 de Lévis, suffisants pour les huit phases planifiées. Pour mémoire, Hydro-Québec avait recensé 81 centres de données au Québec consommant 150 MW en pointe en septembre 2025 (rapport Hydro-Québec, 2025).
La transaction nécessite-t-elle l'aval du gouvernement fédéral ?
Toute acquisition étrangère est sujette à la Loi sur Investissement Canada. Sous le seuil de 1,989 milliard de dollars (investisseurs OMC, 2026), un examen formel n'est pas automatique, mais le ministre fédéral peut ordonner un examen de sécurité nationale pour les infrastructures critiques, ce qui inclut désormais explicitement les centres de données IA.
Sources
- Radio-Canada, La banque américaine Goldman Sachs acquiert QScale à Lévis (13 mai 2026)
- The Globe and Mail, Goldman Sachs subsidiary to buy Canadian data centre developer QScale
- Data Center Dynamics, Goldman Sachs acquires Canadian data center firm QScale
- La Presse, QScale veut faire atterrir des milliards au Québec (13 mai 2026)
- Innovation, Sciences et Développement économique Canada, Loi sur Investissement Canada (seuils 2026)
- Gouvernement du Québec, Stratégie d'intégration de l'intelligence artificielle dans l'administration publique 2021-2026



