Le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) aborde le scrutin général du 5 octobre 2026 comme la première élection provinciale marquée par l'intelligence artificielle générative. En juin 2026, l'institution a confirmé qu'elle utilisera un robot conversationnel interne pour soutenir ses équipes, tout en avertissant les électeurs des risques d'hypertrucages, de contenus synthétiques trompeurs et d'informations erronées produites par des IA grand public. Cette double posture, adoption prudente et vigilance publique, illustre les tensions de la gouvernance électorale à l'ère de l'IA.
Pourquoi 2026 est une élection charnière pour l'IA au Québec
La Loi électorale prévoit une élection à date fixe le 5 octobre 2026, la campagne devant être déclenchée vers le 29 août 2026, à la fin de la 43e législature. C'est la première fois qu'Élections Québec intègre officiellement des outils d'IA à ses opérations, dans un contexte où les modèles génératifs peuvent produire à grande échelle des textes, des images et des vidéos difficiles à distinguer de contenus authentiques.
Le DGEQ, Jean-François Blanchet, dit prendre au sérieux les impacts potentiels de la technologie sur le prochain scrutin, notamment la désinformation, les hypertrucages et l'ingérence étrangère. Il reconnaît toutefois que ses moyens d'action sont limités et réclame un meilleur encadrement législatif de la part des élus, une position qu'il défend publiquement depuis le printemps 2026.
Comment Élections Québec encadre son propre usage de l'IA
L'organisation prévoit embaucher environ 70 personnes chargées de répondre aux questions des électeurs. Ces employés seront assistés par un robot conversationnel qui aura accès uniquement aux informations internes et validées d'Élections Québec, et non à l'ensemble du Web. L'objectif est d'éviter les réponses inexactes tout en accélérant le traitement des demandes citoyennes.
Dès l'automne 2025, l'institution a défini les principes directeurs de cet usage, lors d'un discours prononcé le 3 octobre 2025 sur la démocratie et les élections à l'ère de l'IA. Ils reposent sur plusieurs balises :
- La transparence sur les cas d'utilisation de l'IA au sein de l'organisation.
- La proportionnalité entre les bénéfices recherchés et les risques encourus.
- L'équité de traitement des électeurs et des partis.
- La confidentialité et la protection des renseignements personnels.
- La formation du personnel appelé à travailler avec ces outils.
Ces principes rejoignent la logique de la Directive québécoise sur l'IA générative dans le secteur public, dont l'échéance de conformité pour les organismes publics était fixée au 5 juin 2026.
Quels risques l'IA fait-elle peser sur le scrutin
Le DGEQ identifie deux grandes catégories de menaces : la sécurité des infrastructures électorales et l'intégrité informationnelle. Cette seconde catégorie inclut la production de contenus synthétiques destinés à tromper les électeurs, ainsi que l'amplification de fausses informations par des robots et des réseaux automatisés.
Les hypertrucages soulèvent une préoccupation particulière. Une large part d'entre eux sont non consensuels et de nature pornographique, ciblant majoritairement des femmes. Cette hostilité en ligne peut décourager certaines candidates de participer à la vie publique, un enjeu démocratique qui dépasse la seule question de la désinformation électorale.
Le DGEQ met aussi en garde contre l'usage des agents conversationnels grand public comme ChatGPT, Copilot ou Gemini pour s'informer sur le processus de vote. Élections Québec rapporte avoir reçu des plaintes de citoyens ayant obtenu des informations erronées d'une IA lors des dernières élections municipales de novembre 2025. L'institution invite les électeurs à consulter des sources officielles et fiables plutôt que de se fier aux réponses générées automatiquement.
Quelles réponses législatives et éducatives sont déployées
Sur le plan juridique, le projet de loi 98, adopté en mai 2025, a créé une infraction visant quiconque diffuse sciemment de fausses informations dans le but d'influencer une élection ou de miner la confiance du public dans le processus électoral. Le DGEQ admet néanmoins que le dépôt d'accusations demeure difficile, en raison de la charge de preuve et de l'anonymat des sources en ligne.
Faute de pouvoir tout sanctionner, Élections Québec mise sur la prévention et le développement de la pensée critique. L'institution a mis en place des outils de communication, des formations gratuites en éducation à la démocratie et une campagne Web de sensibilisation à la désinformation. Elle renforce également la visibilité de l'information fiable sur son site officiel, afin d'offrir un point de référence clair face aux contenus douteux qui circuleront pendant la campagne.
Ce que cela signifie pour la gouvernance de l'IA
Le cas d'Élections Québec montre qu'une institution publique peut adopter l'IA de façon mesurée tout en assumant un rôle de vigie face à ses dérives. La combinaison d'un outil interne cloisonné, de principes éthiques explicites et d'un effort d'éducation civique constitue un modèle de gouvernance transposable à d'autres organismes. Elle rappelle aussi que l'encadrement technique ne suffit pas : sans littératie numérique des citoyens et sans moyens juridiques applicables, la lutte contre la désinformation générée par l'IA reste incomplète.
Questions fréquentes
Élections Québec utilise-t-elle l'IA pour le scrutin de 2026 ? Oui. Le scrutin du 5 octobre 2026 sera le premier où Élections Québec emploie un robot conversationnel interne pour aider environ 70 employés à répondre aux électeurs. Cet outil accède uniquement aux informations validées de l'organisation, et non à l'ensemble du Web.
Qu'est-ce qu'un hypertrucage en contexte électoral ? Un hypertrucage est un contenu audio, photo ou vidéo synthétique produit par IA pour imiter une personne réelle. En période électorale, il peut servir à faire dire de fausses déclarations à un candidat ou à cibler des candidates, minant la confiance du public.
Que prévoit le projet de loi 98 adopté en 2025 ? Adopté en mai 2025, il crée une infraction pour quiconque diffuse sciemment de fausses informations afin d'influencer une élection ou de compromettre la confiance dans le processus électoral. Le DGEQ souligne toutefois que porter des accusations reste ardu.
Peut-on se fier à ChatGPT pour des questions sur le vote ? Non. Le DGEQ déconseille les agents conversationnels grand public pour s'informer sur le processus électoral, après des plaintes liées à des réponses erronées lors des élections municipales de 2025. Il recommande de consulter les sources officielles d'Élections Québec.
Quand la campagne électorale sera-t-elle déclenchée ? La Loi électorale fixe le scrutin au 5 octobre 2026. La campagne devrait être officiellement déclenchée vers le 29 août 2026, à la fin de la 43e législature du Québec.
Sources
- Le Devoir, « Élections Québec s'inquiète du développement de l'IA et de son effet sur le prochain scrutin », https://www.ledevoir.com/actualites/societe/988499/elections-quebec-face-defis-systemes-intelligence-artificielle
- Le Devoir, « Le directeur général des élections du Québec appelle à un meilleur encadrement législatif de l'IA », https://www.ledevoir.com/politique/quebec/962040/dgeq-appelle-meilleur-encadrement-legislatif-ia
- Élections Québec, « Discours lors du panel sur la démocratie et les élections à l'ère de l'intelligence artificielle » (3 octobre 2025), https://www.electionsquebec.qc.ca/allocutions/discours-lors-du-panel-sur-la-democratie-et-les-elections-a-lere-de-lintelligence-artificielle/
- Élections Québec, « Élections en cours et à venir », https://www.electionsquebec.qc.ca/en/vote/current-and-upcoming-elections/
- Wikipédia, « Élections générales québécoises de 2026 », https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lections_g%C3%A9n%C3%A9rales_qu%C3%A9b%C3%A9coises_de_2026



