Essayez l'outil gratuitement

Essayer
Veille5 min de lecture

Le Sommet de Paris sur l'IA (février 2025) : ce que le Québec doit retenir

Le Sommet de Paris sur l'IA a réuni chefs d'État et leaders technologiques. Déclaration, instituts de sécurité, divisions géopolitiques : ce que le Québec doit retenir de cet événement charnière.

FB
Florian Brobst
Fondateur & Directeur · 23 janvier 2026

Un moment charnière pour la gouvernance mondiale de l'IA

Le Sommet pour l'action sur l'intelligence artificielle, tenu à Paris les 10 et 11 février 2025, a réuni des chefs d'État, des dirigeants d'entreprises technologiques, des chercheurs et des représentants de la société civile pour définir les contours de la gouvernance mondiale de l'IA. Succédant aux sommets de Bletchley Park (2023) et de Séoul (2024), le Sommet de Paris a marqué une étape significative en élargissant la conversation au-delà de la sécurité pour aborder les enjeux d'équité, de durabilité et de gouvernance inclusive. Pour le Québec, les résultats de ce sommet offrent des orientations et des opportunités stratégiques.

Les résultats principaux

Le Sommet de Paris a produit plusieurs résultats concrets. La Déclaration sur l'IA, signée par une majorité de participants, réaffirme les principes d'une IA ouverte, inclusive et éthique. Elle souligne la nécessité d'une gouvernance internationale coordonnée tout en respectant les approches nationales et régionales. Toutefois, la déclaration n'a pas fait l'unanimité : les États-Unis et le Royaume-Uni se sont abstenus de la signer, invoquant des préoccupations relatives à la compétitivité et à l'innovation.

L'annonce de la création d'un réseau d'instituts de sécurité de l'IA (AI Safety Institutes) a été l'un des développements les plus significatifs. Ce réseau vise à coordonner les efforts de recherche et d'évaluation de la sécurité des systèmes d'IA avancés à l'échelle internationale. La participation du Canada à ce réseau est directement pertinente pour le Québec.

L'engagement en faveur de l'IA pour le développement durable a été un thème central. Plusieurs initiatives ont été lancées pour orienter le développement de l'IA vers la résolution des grands défis mondiaux, changements climatiques, santé, éducation, plutôt que vers la seule maximisation des profits.

La question de l'IA et du monde du travail a fait l'objet de discussions approfondies. Les participants ont reconnu la nécessité de politiques proactives pour gérer la transition du marché du travail face à l'automatisation par l'IA, incluant des investissements massifs dans la formation et la reconversion professionnelle.

Les divisions géopolitiques révélées

Le Sommet de Paris a mis en lumière les profondes divisions géopolitiques qui traversent la gouvernance de l'IA. L'approche américaine, sous l'administration Trump, privilégie la dérégulation et la compétitivité, arguant que des réglementations trop strictes freineraient l'innovation et avantageraient la Chine. L'approche européenne, incarnée par l'AI Act, mise sur la réglementation fondée sur les risques et la protection des droits fondamentaux. La Chine poursuit sa propre voie, avec une réglementation sectorielle qui vise à contrôler l'IA tout en soutenant son développement stratégique.

Ces divisions rendent la construction d'un cadre de gouvernance mondial cohérent extrêmement difficile. Le Québec évolue dans cet environnement fragmenté et doit en tenir compte dans l'élaboration de sa propre approche.

Les leçons pour le Québec

Plusieurs enseignements du Sommet de Paris sont directement exploitables par le Québec.

La validation de l'approche fondée sur les risques renforce la pertinence d'un cadre québécois qui calibre les obligations en fonction des niveaux de risque des systèmes d'IA. Le consensus émergent autour de cette approche, malgré les désaccords sur les détails, offre au Québec une base solide pour concevoir son propre modèle.

L'importance de la coopération internationale est un message clair du sommet. Le Québec ne peut pas gouverner l'IA en vase clos. La participation active aux forums internationaux, aux réseaux de recherche et aux initiatives de normalisation est indispensable pour rester informé, influencer les développements et assurer l'interopérabilité du cadre québécois avec les cadres internationaux.

La dimension francophone de la gouvernance de l'IA, mise en avant par la présidence française du sommet, est une opportunité pour le Québec. La province peut jouer un rôle de leadership dans le développement d'outils d'IA en français, de corpus de données francophones et de normes de gouvernance qui tiennent compte des spécificités linguistiques et culturelles de la francophonie.

Le lien entre IA et développement durable ouvre des perspectives pour le Québec, qui dispose d'avantages significatifs en énergie propre pour alimenter les infrastructures d'IA. Le positionnement du Québec comme lieu de développement d'une IA durable, alimentée par l'hydroélectricité et encadrée par une gouvernance responsable, pourrait constituer un avantage compétitif distinctif.

L'IA inclusive : un enjeu pour le Québec

Le Sommet de Paris a mis en relief l'enjeu de l'inclusivité dans le développement et la gouvernance de l'IA. Les pays du Sud global, les petites et moyennes entreprises, les communautés linguistiques minoritaires et les populations vulnérables risquent d'être marginalisés dans la révolution de l'IA si des mesures proactives ne sont pas prises.

Pour le Québec, cet enjeu se traduit de plusieurs manières. Les communautés autochtones du Québec doivent être associées au développement et à la gouvernance de l'IA, en particulier lorsque des systèmes d'IA sont déployés dans des domaines qui les concernent, santé, services sociaux, gestion du territoire. Les PME québécoises doivent avoir accès à des outils d'IA abordables et à un accompagnement adapté. Les travailleurs dont les emplois sont menacés par l'automatisation doivent bénéficier de programmes de transition inclusifs.

Les engagements du Canada au sommet

Le Canada a participé activement au Sommet de Paris, réaffirmant son engagement en faveur d'une approche responsable de l'IA. Les engagements canadiens incluent la participation au réseau international d'instituts de sécurité de l'IA, le soutien au développement de normes internationales et la poursuite des investissements dans la recherche en IA.

Le Québec devrait veiller à ce que les engagements pris par le Canada au niveau international se traduisent en actions concrètes qui bénéficient à la province, notamment en matière de financement de la recherche, de développement de l'infrastructure et de protection des droits.

Conclusion

Le Sommet de Paris sur l'IA a confirmé que la gouvernance de l'intelligence artificielle est devenue un enjeu géopolitique de premier plan. Dans ce paysage complexe, le Québec dispose d'atouts significatifs, expertise en recherche, tradition éthique, énergie propre, bilinguisme, qui peuvent lui permettre de jouer un rôle influent. Mais cela exige une stratégie claire, des investissements ciblés et une participation active aux forums internationaux où les règles du jeu sont en train d'être écrites.


Partager :
FB
Florian Brobst
Fondateur & Directeur

Spécialiste en gouvernance de l’intelligence artificielle, Florian accompagne les organisations dans la mise en place de cadres de gouvernance responsables et conformes aux réglementations émergentes.

Restez inform\u00e9

Abonnez-vous \u00e0 notre infolettre pour ne rien manquer.

Nous contacter

Ce site utilise des cookies essentiels et fonctionnels pour améliorer votre expérience. Politique de confidentialité