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La stratégie québécoise en intelligence artificielle : ambitions, réalisations et perspectives

Le Québec a fait de l'IA un axe stratégique de développement. De Mila à IVADO, de la Déclaration de Montréal à Scale AI, retour sur les investissements, réalisations et défis de la stratégie québécoise.

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Florian Brobst
Fondateur & Directeur · 13 décembre 2025

Un engagement politique fort

Le Québec a fait de l'intelligence artificielle un axe stratégique de son développement économique et social. Depuis le milieu des années 2010, le gouvernement québécois a multiplié les investissements et les initiatives pour positionner la province comme un acteur incontournable de l'écosystème mondial de l'IA. Cette stratégie repose sur un triptyque : excellence en recherche fondamentale, développement d'un tissu industriel dynamique et encadrement responsable de la technologie.

Les investissements structurants

La Stratégie québécoise de recherche et d'investissement en innovation (SQRI), dévoilée en 2017, a consacré des investissements majeurs en intelligence artificielle. Le gouvernement a également participé au financement de la Stratégie pancanadienne en matière d'intelligence artificielle du gouvernement fédéral, qui a injecté des sommes considérables dans l'écosystème de recherche canadien, dont une part significative a bénéficié aux institutions montréalaises.

Ces investissements se sont traduits par le renforcement des capacités de recherche de Mila, le soutien à IVADO et à Scale AI (supergrappe canadienne en intelligence artificielle et chaîne d'approvisionnement), la création de programmes de formation spécialisés dans les universités québécoises et le financement de projets de transfert technologique vers les entreprises.

Le gouvernement du Québec a également investi dans la transformation numérique de l'État, avec l'ambition d'intégrer l'IA dans les services publics pour améliorer leur efficacité et leur accessibilité. Le Secrétariat du Conseil du trésor et le ministère de la Cybersécurité et du Numérique ont piloté plusieurs initiatives en ce sens, incluant l'adoption de cadres de référence pour l'utilisation responsable de l'IA dans l'administration publique.

L'écosystème montréalais : un avantage compétitif mondial

Montréal s'est imposée comme l'une des capitales mondiales de l'intelligence artificielle. Plusieurs facteurs expliquent cette position exceptionnelle.

Mila, fondé et longtemps dirigé par Yoshua Bengio, lauréat du prix Turing, est l'un des plus importants laboratoires de recherche en apprentissage profond au monde. Avec des centaines de chercheurs et d'étudiants, l'institut produit une recherche de premier plan et forme la prochaine génération de spécialistes de l'IA. Au-delà de la recherche fondamentale, Mila s'est engagé activement dans la réflexion sur les enjeux sociétaux de l'IA, notamment à travers ses travaux sur l'IA sûre et bénéfique.

IVADO, l'Institut de valorisation des données, fédère l'expertise de plusieurs universités montréalaises, l'Université de Montréal, Polytechnique Montréal et HEC Montréal, pour promouvoir l'utilisation des données et de l'IA dans tous les secteurs de l'économie. Son rôle de pont entre la recherche et l'industrie est crucial pour le transfert des connaissances et le développement de solutions concrètes.

Scale AI, la supergrappe canadienne axée sur l'intelligence artificielle et les chaînes d'approvisionnement, soutient des projets collaboratifs entre l'industrie et la recherche. Elle contribue à l'adoption de l'IA par les entreprises québécoises et canadiennes, tout en finançant des programmes de formation et de développement des talents.

À ces institutions s'ajoutent des dizaines de laboratoires universitaires, de centres de recherche collégiaux (CCTT), de start-ups et d'entreprises établies qui contribuent à la vitalité de l'écosystème. Les grandes entreprises technologiques internationales, Google, Meta, Microsoft, Samsung, entre autres, ont établi des laboratoires de recherche en IA à Montréal, attirées par la concentration de talents et l'environnement de recherche favorable.

L'OBVIA : la dimension sociétale

L'Observatoire international sur les impacts sociétaux de l'intelligence artificielle et du numérique (OBVIA), rattaché à l'Université Laval, joue un rôle unique dans l'écosystème québécois. Cet observatoire interdisciplinaire se consacre à l'étude des impacts de l'IA et du numérique sur la société, en mobilisant des chercheurs issus des sciences sociales, du droit, de l'éthique, de la santé et des sciences de l'ingénieur.

Les travaux de l'OBVIA alimentent directement la réflexion sur la gouvernance de l'IA au Québec. Ses publications, ses événements et ses collaborations avec les décideurs publics contribuent à éclairer les politiques publiques et à sensibiliser les acteurs sociaux aux enjeux de l'IA. La perspective interdisciplinaire de l'OBVIA est particulièrement précieuse dans un domaine où les dimensions techniques, éthiques, juridiques et sociales sont indissociables.

La Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l'IA

Initiative phare de la démarche québécoise en matière d'éthique de l'IA, la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l'intelligence artificielle a été publiée en décembre 2018 au terme d'une démarche participative d'une ampleur sans précédent. Pilotée par l'Université de Montréal, cette démarche a mobilisé des citoyens, des experts, des organisations de la société civile et des acteurs industriels dans une réflexion collective sur les principes devant guider le développement de l'IA.

La Déclaration propose dix principes fondamentaux, bien-être, autonomie, protection de l'intimité et de la vie privée, solidarité, participation démocratique, équité, inclusion de la diversité, prudence, responsabilité et développement soutenable. Ces principes ne sont pas juridiquement contraignants, mais ils ont exercé une influence significative sur la réflexion québécoise et internationale en matière de gouvernance de l'IA.

La formation et le développement des talents

La stratégie québécoise accorde une importance majeure à la formation et au développement des talents en IA. Les universités québécoises ont développé des programmes de premier cycle, de cycles supérieurs et de formation continue en intelligence artificielle et en science des données. Les programmes coopératifs et les stages en entreprise favorisent l'insertion professionnelle des diplômés.

Des initiatives de requalification de la main-d'œuvre ont également été mises en place pour aider les travailleurs des secteurs affectés par l'automatisation à acquérir de nouvelles compétences. Ces programmes, souvent développés en partenariat avec les organismes sectoriels de main-d'œuvre et les établissements d'enseignement, constituent un élément essentiel de la stratégie pour s'assurer que les bénéfices de l'IA profitent au plus grand nombre.

Les défis de la stratégie

Malgré ses réussites, la stratégie québécoise en IA fait face à plusieurs défis. La rétention des talents demeure une préoccupation constante, les grandes entreprises technologiques internationales exerçant une pression concurrentielle forte sur le bassin de main-d'œuvre qualifiée. L'adoption de l'IA par les PME québécoises reste insuffisante, freinée par des barrières de coûts, de compétences et de culture organisationnelle.

La concentration de l'écosystème à Montréal soulève des questions d'équité régionale. Les entreprises et institutions situées dans les autres régions du Québec ont un accès plus limité aux ressources, à l'expertise et aux partenariats disponibles dans la métropole. Des efforts de décentralisation et de soutien aux initiatives régionales en IA sont nécessaires pour assurer une répartition plus équitable des retombées.

Enfin, l'articulation entre les ambitions de développement économique et les impératifs de gouvernance responsable reste un exercice délicat. La tentation de privilégier la compétitivité et l'attractivité au détriment de la protection des droits et des valeurs est un risque constant. La stratégie québécoise doit continuer à affirmer que la responsabilité n'est pas un frein à l'innovation, mais sa condition de durabilité.

Perspectives d'avenir

La prochaine phase de la stratégie québécoise en IA devra relever plusieurs défis : maintenir l'excellence en recherche dans un contexte de compétition internationale accrue, accélérer l'adoption de l'IA dans l'ensemble du tissu économique québécois, renforcer les mécanismes de gouvernance et de surveillance, et assurer que le développement de l'IA contribue aux objectifs de développement durable et de justice sociale du Québec.

Le Québec dispose des atouts nécessaires pour relever ces défis : un écosystème de recherche de classe mondiale, une main-d'œuvre qualifiée, un cadre juridique en renforcement et une tradition de dialogue social. Il lui appartient désormais de transformer ces atouts en une stratégie cohérente et intégrée, capable de concilier ambition technologique et responsabilité sociétale.


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Florian Brobst
Fondateur & Directeur

Spécialiste en gouvernance de l’intelligence artificielle, Florian accompagne les organisations dans la mise en place de cadres de gouvernance responsables et conformes aux réglementations émergentes.

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