La superintelligence désigne un système d'intelligence artificielle (IA) capable de surpasser largement les capacités humaines dans la quasi-totalité des domaines cognitifs. Au début de juin 2026, une coalition multipartite de plus de 30 parlementaires canadiens, dont plusieurs élus québécois, demande à Ottawa de négocier un régime international de prohibition de son développement. Cet appel, coordonné par l'organisme britannique Control AI, surgit la même semaine que le lancement de la stratégie nationale « AI for All ».
L'initiative déplace le débat canadien sur l'IA d'un terrain économique vers un terrain de sécurité. Là où la stratégie fédérale du 4 juin 2026 mise sur l'adoption et la souveraineté industrielle, les signataires réclament des garde-fous préalables au déploiement des systèmes les plus puissants. Le contraste révèle une ligne de fracture qui traverse les partis, et dans laquelle des parlementaires du Québec occupent une place visible.
Que demande exactement la coalition ?
La déclaration portée par Control AI tient en une phrase : « Le Canada devrait négocier un régime international de confiance mais vérification pour interdire le développement d'une superintelligence. » Le texte qualifie ces systèmes de technologies pouvant « compromettre de façon autonome la sécurité nationale, échapper à la supervision humaine et déstabiliser l'ordre international ».
Les signataires structurent leur appel autour de trois exigences principales :
- Reconnaître le développement d'une superintelligence comme une priorité de sécurité nationale, au pays comme à l'étranger.
- Engager le Canada dans la négociation d'un régime international de vérification mutuelle entre États.
- Faire précéder toute politique industrielle d'IA par des garde-fous de sécurité contraignants.
Selon la page de campagne de Control AI (juin 2026), plus de 30 députés et sénateurs canadiens soutiennent la démarche. L'organisme indique qu'il rassemble par ailleurs plus de 100 législateurs britanniques, dont des membres de la Chambre des communes et de la Chambre des lords.
Quels élus québécois soutiennent l'appel ?
La signature québécoise la plus marquante est celle du député bloquiste Martin Champoux, présenté sur le site de Control AI comme signataire au nom de l'ensemble des députés du Bloc québécois. Le député indépendant Simon-Pierre Savard-Tremblay figure aussi parmi les appuis nommés.
Du côté libéral, plusieurs élus dont la circonscription se trouve au Québec apparaissent dans la liste, notamment Steven Guilbeault (Laurier–Sainte-Marie) et le conservateur Joël Godin (Portneuf–Jacques-Cartier). Au Sénat, le Québécois Tony Loffreda (Groupe des sénateurs indépendants) compte parmi les signataires, aux côtés de sénateurs comme Colin Deacon, Kim Pate et Paulette Senior. La nature transpartisane de cette coalition, qui réunit libéraux, conservateurs, bloquistes et indépendants, distingue l'initiative d'un positionnement partisan classique.
Pourquoi cet appel surgit-il maintenant ?
Le moment n'est pas fortuit. Le 4 juin 2026, le premier ministre Mark Carney a lancé « AI for All », une stratégie de plus de 2,3 milliards de dollars sur cinq ans axée sur l'adoption et la formation. Plusieurs médias ont relevé que ce plan reste discret sur la sécurité. La couverture de BNN Bloomberg (4 juin 2026) note que la stratégie « promet des milliers d'emplois » mais « manque de précisions sur la sécurité », sans calendrier de réglementation ni architecture d'application claire.
C'est précisément cette lacune que vise la coalition. Le Canada se trouve, en juin 2026, sans loi fédérale contraignante propre à l'IA, après l'abandon de la Loi sur l'intelligence artificielle et les données (LIAD) en 2025. Les signataires soutiennent que les garde-fous devraient précéder la politique industrielle, et non la suivre. Leur intervention fait écho à un débat international où des chercheurs alertent depuis 2023 sur les risques systémiques des systèmes d'IA de pointe.
Que signifie « de confiance mais vérification » ?
L'expression « de confiance mais vérification » (« trust but verify ») renvoie à un mécanisme de contrôle inspiré des traités de désarmement. Elle suppose que les États s'accordent sur des interdictions, puis se dotent de moyens techniques et juridiques pour vérifier le respect mutuel des engagements. Appliquée à la superintelligence, l'approche viserait à empêcher une course non régulée entre puissances et entreprises.
Pour le Québec, troisième pôle mondial de la recherche en IA avec Mila et l'Institut québécois d'intelligence artificielle, l'enjeu dépasse la posture symbolique. La province abrite une concentration de talents et de capacité de calcul qui la place au cœur de tout débat sur les systèmes avancés. Un cadre international de vérification toucherait directement son écosystème de recherche et ses ambitions de souveraineté technologique. L'appel des parlementaires québécois ajoute ainsi une voix locale à une conversation mondiale sur la gouvernance des frontières de l'IA.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la campagne de Control AI au Canada ?
C'est une initiative lancée en juin 2026 par l'organisme britannique Control AI, soutenue par plus de 30 députés et sénateurs canadiens de plusieurs partis. Elle demande au gouvernement fédéral de négocier un régime international interdisant le développement d'une superintelligence, jugée porteuse d'un risque d'extinction.
Quels parlementaires québécois appuient l'appel ?
Le député bloquiste Martin Champoux, signataire au nom du Bloc québécois, et le député indépendant Simon-Pierre Savard-Tremblay figurent parmi les appuis. Des élus libéraux et conservateurs élus au Québec, ainsi que le sénateur québécois Tony Loffreda, soutiennent aussi la démarche.
La stratégie « AI for All » répond-elle à ces préoccupations ?
Partiellement. La stratégie fédérale du 4 juin 2026 évoque la confiance et la sécurité en ligne, mais plusieurs analystes notent l'absence de calendrier réglementaire et de mécanismes d'application. Aucune loi contraignante propre à l'IA n'accompagne le plan en juin 2026.
Qu'est-ce qu'un régime « de confiance mais vérification » ?
C'est un mécanisme inspiré des traités de désarmement où les États conviennent d'interdictions, puis se dotent de moyens de vérifier mutuellement leur respect. Appliqué à l'IA, il viserait à empêcher une course non régulée au développement de systèmes dépassant l'intelligence humaine.
Sources
- Control AI, « Canada Campaign Statement » (juin 2026)
- CBC News, « Cross-party group calls on Canada to block development of superintelligent AI technology » (juin 2026)
- The Globe and Mail, « Canadian MPs join U.K.-based campaign warning of extinction risk posed by superintelligent AI » (juin 2026)
- BNN Bloomberg, « PM Carney government's AI strategy pledges thousands of jobs, lacks safety details » (4 juin 2026)
- Cabinet du premier ministre du Canada, « Prime Minister Carney launches AI for All » (4 juin 2026)



