Le rapport de l'Autorité des marchés publics (AMP) sur la transformation numérique du gouvernement du Québec, déposé le 14 mai 2026, est un audit indépendant des processus d'octroi et d'exécution des contrats numériques publics. Il formule 20 constats et 9 recommandations à partir de l'analyse de 11 projets menés entre 2010 et 2025. Le document arrive 22 jours avant l'échéance du 5 juin 2026, date d'entrée en vigueur obligatoire de la directive ministérielle sur l'usage de l'intelligence artificielle (IA) générative dans le secteur public québécois.
L'AMP, organisme indépendant qui surveille les contrats publics et leur exécution, a livré le rapport à la présidente du Conseil du trésor, qui en avait fait la commande en 2025. Les constats touchent l'ensemble des organismes assujettis à la Loi sur les contrats des organismes publics : ministères, sociétés d'État, réseaux de la santé et de l'éducation, municipalités d'importance. Le rapport ne porte pas spécifiquement sur l'IA, mais sur les processus qui encadrent les projets numériques publics, dont les futurs déploiements d'IA générative.
Que dit concrètement le rapport AMP du 14 mai 2026 ?
L'AMP conclut que les lacunes constatées « contribuent directement à des dépassements de coûts, d'échéanciers et de portée » et « exposent certains projets à un risque d'échec élevé » (communiqué officiel, 14 mai 2026). Les travaux ont porté sur 11 projets publics réalisés sur une période de 15 ans, choisis pour leur représentativité des défis structurels.
La première recommandation propose de repositionner la gouvernance centrale des projets numériques au sein du Secrétariat du Conseil du trésor (SCT) et de renforcer l'expertise du ministère de la Cybersécurité et du Numérique (MCN) auprès des organismes publics. Ces deux instances sont précisément celles qui pilotent aussi la conformité à la directive IA générative.
Les 5 lacunes structurelles identifiées
L'AMP regroupe ses 20 constats autour de cinq déficiences majeures applicables à l'ensemble du portefeuille numérique public :
- Objectifs et besoins mal définis dès les phases amont des projets.
- Évaluation insuffisante des coûts réels et complets de mise en œuvre.
- Manque d'encadrement et de soutien offert aux organismes publics par leurs autorités de tutelle.
- Maîtrise inadéquate des processus contractuels, en particulier sur les changements de portée.
- Difficulté à mesurer les bénéfices attendus, faute de cadres d'évaluation partagés.
Ces cinq lacunes correspondent aux compétences que la directive IA générative québécoise exige des organismes publics : analyse de cas d'usage, évaluation des risques, surveillance continue, documentation et reddition de comptes.
Pourquoi ces constats touchent la gouvernance IA québécoise
Le 19 décembre 2025, le ministre de la Cybersécurité et du Numérique avait publié une indication d'application (datée du 5 décembre 2025) et un arrêté ministériel révisé (daté du 3 décembre 2025) qui imposent à tous les organismes assujettis à la Loi sur la gouvernance et la gestion des ressources informationnelles (LGGRI) d'adopter avant le 5 juin 2026 un cadre interne de gouvernance de l'IA générative. La conformité est obligatoire, pas recommandée.
Selon le Portrait des utilisations de l'IA dans l'administration publique publié par le MCN le 2 mars 2026, le nombre d'initiatives en IA dans l'administration publique québécoise a augmenté de plus de 50 % entre 2024 et 2025. Les secteurs les plus actifs sont la santé, l'éducation et les ressources naturelles, soit ceux où la consultation 2025 du Conseil du trésor avait également relevé les plus grands dépassements numériques. Le rapport AMP révèle ainsi un écart structurel : on demande aux organismes publics d'organiser en six semaines une nouvelle couche de gouvernance (l'IA), alors que la couche de base, la gouvernance numérique générale, comporte des défaillances documentées sur 15 ans.
Le calendrier d'ici l'automne 2026
Le rapport AMP intervient au moment où trois échéances réglementaires se rapprochent simultanément pour le secteur public québécois :
- 5 juin 2026 : conformité totale à l'indication d'application IA-RI-2025-001-OP du MCN.
- Été 2026 : intégration attendue de plusieurs recommandations AMP au Plan de transformation numérique gouvernemental.
- Automne 2026 : publication anticipée du bilan quinquennal de la Commission d'accès à l'information (CAI), qui devrait inclure des recommandations sur l'analyse d'impact algorithmique en gestion des ressources humaines.
L'AMP demande au Conseil du trésor de produire un plan de réponse public avant la fin de l'année, ce qui place la nouvelle architecture de gouvernance numérique au cœur du calendrier législatif et budgétaire 2026-2027.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'Autorité des marchés publics ?
L'AMP est l'organisme indépendant québécois qui surveille les contrats publics. Elle peut enquêter, recommander, recevoir des plaintes et imposer des mesures correctives aux donneurs d'ordres. Elle rend compte à l'Assemblée nationale du Québec et publie ses rapports d'audit sur amp.quebec, son site institutionnel officiel.
Le rapport AMP du 14 mai 2026 vise-t-il directement l'IA ?
Non, le rapport ne cible pas spécifiquement l'IA générative. Il porte sur 11 projets numériques publics menés entre 2010 et 2025. Mais ses constats touchent les processus de gouvernance, d'encadrement et de mesure des bénéfices qui s'appliquent par défaut aux futurs projets d'IA dans le secteur public.
Quelle est la date limite de conformité à la directive IA québécoise ?
Le 5 juin 2026. Cette date est fixée par l'indication d'application IA-RI-2025-001-OP émise par le ministère de la Cybersécurité et du Numérique le 5 décembre 2025. Elle vise tous les organismes publics assujettis à la Loi sur la gouvernance et la gestion des ressources informationnelles (LGGRI), y compris ministères, municipalités, établissements de santé et sociétés d'État.
Qui pilote la gouvernance IA dans le secteur public québécois ?
Le ministère de la Cybersécurité et du Numérique (MCN) émet les directives, tandis que le Secrétariat du Conseil du trésor (SCT) coordonne la transformation numérique. L'AMP recommande de renforcer ce duo en repositionnant la gouvernance centrale au SCT et en consolidant le rôle conseil du MCN auprès des organismes publics.
Sources
- Autorité des marchés publics, communiqué officiel du 14 mai 2026, Québec.ca
- Gouvernement du Québec, Portrait des utilisations de l'IA dans l'administration publique, 2 mars 2026
- Ministère de la Cybersécurité et du Numérique, Stratégie d'intégration de l'IA 2021-2026
- Newswire Canada, communiqué AMP repris le 14 mai 2026
- Cercle de Gouvernance de l'IA, échéance directive IA publique du 5 juin 2026



