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Stratégie « AI for All » d'Ottawa et directive québécoise : deux visions de la gouvernance

Ottawa a lancé le 4 juin 2026 sa stratégie nationale « AI for All », axée sur l'adoption volontaire. Le lendemain, l'échéance de la directive québécoise impose des obligations contraignantes au secteur public. Analyse de deux approches qui se croisent la même semaine.

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Florian Brobst
Fondateur & Directeur · 5 juin 2026

« AI for All » est la stratégie nationale d'intelligence artificielle (IA) du Canada, lancée le 4 juin 2026 par le premier ministre Mark Carney. Elle mise sur l'adoption économique, la souveraineté technologique et la formation, sans créer de nouvelle loi contraignante sur l'IA. Son dévoilement précède d'une journée l'échéance du 5 juin 2026, date à laquelle les organismes publics québécois doivent se conformer à une directive contraignante. Deux philosophies de gouvernance se croisent ainsi la même semaine.

Que contient la stratégie « AI for All » d'Ottawa ?

Annoncée à Toronto, la stratégie fédérale s'articule autour de trois axes : bâtir la confiance, créer des occasions et renforcer la souveraineté. Selon le communiqué du Cabinet du premier ministre (4 juin 2026), elle promet plus de 2 milliards de dollars d'investissements nouveaux et vise un apport économique additionnel de 200 milliards de dollars.

Les engagements chiffrés présentés par Ottawa sont les suivants :

  1. Créer jusqu'à 250 000 emplois liés à l'IA sur cinq ans, dont 90 000 placements destinés aux jeunes.
  2. Faire passer l'adoption de l'IA par les organisations canadiennes de 12 % à 60 % d'ici 2034.
  3. Rejoindre 1 million d'étudiants postsecondaires par une initiative nationale de littératie en IA.
  4. Construire un supercalculateur public et investir dans une capacité de calcul souveraine.
  5. Élargir le mandat de l'Institut canadien de sécurité de l'IA (ICSIA).

Le volet « confiance » prévoit de moderniser les lois numériques, de lutter contre les hypertrucages (deepfakes) et d'établir un régime de sécurité en ligne pour les médias sociaux et les agents conversationnels. Ces intentions restent toutefois des orientations : aucun projet de loi encadrant directement les systèmes d'IA n'accompagne la stratégie.

Pourquoi parle-t-on d'un encadrement incomplet ?

Plusieurs observateurs ont relevé l'écart entre les ambitions économiques et les garanties de sécurité. La couverture de CTV News (4 juin 2026) résume la critique dès son titre : la stratégie promet des milliers d'emplois mais manque de précisions sur la sécurité. Un analyste cité par le réseau note qu'il « n'y a rien sur le comment », pointant l'absence de mécanismes de mise en œuvre.

Cette lacune prolonge un vide réglementaire connu. La Loi sur l'intelligence artificielle et les données (LIAD), intégrée au projet de loi C-27, est morte au feuilleton début 2025 et ne sera pas réintroduite. Le ministre de l'Intelligence artificielle et de l'Innovation numérique, Evan Solomon, a évoqué une future loi distincte, sans calendrier ni texte. Le Canada demeure donc, en juin 2026, sans obligation légale contraignante propre à l'IA au palier fédéral.

En quoi la directive québécoise tranche-t-elle avec cette approche ?

Au même moment, le Québec applique une logique inverse pour son secteur public. Le ministre de la Cybersécurité et du Numérique a publié, le 5 décembre 2025, une indication d'application accompagnant un arrêté ministériel révisé daté du 3 décembre 2025. Ces textes fixent au 5 juin 2026 l'échéance de conformité totale pour l'usage de l'IA générative dans l'administration publique.

La directive vise tous les organismes assujettis à la Loi sur la gouvernance et la gestion des ressources informationnelles (LGGRI) : ministères, municipalités, établissements du réseau de la santé et sociétés d'État. Elle impose deux obligations structurantes :

  1. Mettre en place une structure de gouvernance définissant les rôles, les responsabilités et les personnes autorisées à approuver le déploiement d'un système d'IA générative.
  2. Réaliser une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée (EFVP) pour chaque projet, dès sa conception, et la mettre à jour à chaque phase.

Là où Ottawa incite, Québec contraint. Le palier fédéral parie sur l'adoption rapide et la souveraineté industrielle, en confiant la sécurité à des institutions comme l'ICSIA et à de futures lois. Le palier provincial impose, dès maintenant, une reddition de comptes documentée à ses propres organismes, en s'appuyant sur le cadre existant de protection des renseignements personnels.

Quels enjeux pour les organisations québécoises ?

Pour une organisation établie au Québec, les deux dynamiques coexistent. Une entreprise privée profitera des programmes fédéraux d'adoption et de formation, tout en restant soumise à la Loi 25 pour la protection des renseignements personnels. Un organisme public, lui, doit déjà satisfaire la directive québécoise, plus exigeante que toute mesure fédérale annoncée.

Cette asymétrie illustre un défi de gouvernance multiniveau : un acteur peut être encouragé à déployer rapidement l'IA par un palier de gouvernement et contraint à la prudence documentée par un autre. La cohérence entre incitation fédérale et obligation provinciale deviendra un enjeu pratique pour les directions juridiques et les responsables de la conformité.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la stratégie « AI for All » ?

C'est la stratégie nationale d'IA du Canada, lancée le 4 juin 2026. Elle promet plus de 2 milliards de dollars, vise jusqu'à 250 000 emplois sur cinq ans et un supercalculateur public, mais ne crée pas de loi contraignante encadrant directement les systèmes d'IA.

La stratégie fédérale impose-t-elle des obligations légales ?

Non. Elle repose sur des investissements, des programmes d'adoption et des engagements de sécurité à venir. La Loi sur l'intelligence artificielle et les données (LIAD) ayant été abandonnée en 2025, aucune loi fédérale contraignante propre à l'IA n'existe en juin 2026.

Que prévoit la directive québécoise du 5 juin 2026 ?

Elle oblige les organismes publics visés par la LGGRI à se doter d'une structure de gouvernance de l'IA générative et à réaliser une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée pour chaque projet, avec une conformité totale exigée au 5 juin 2026.

Qui est touché par la directive québécoise ?

Les ministères, les municipalités, les établissements du réseau de la santé et les sociétés d'État. Les entreprises privées ne sont pas directement visées, mais demeurent soumises à la Loi 25 sur la protection des renseignements personnels.

Sources


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Florian Brobst
Fondateur & Directeur

Spécialiste en gouvernance de l’intelligence artificielle, Florian accompagne les organisations dans la mise en place de cadres de gouvernance responsables et conformes aux réglementations émergentes.

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