La gouvernance des infrastructures d'intelligence artificielle (IA) désigne l'ensemble des règles encadrant l'implantation des centres de données qui hébergent et entraînent les modèles : autorisations énergétiques, tarifs d'électricité, zonage municipal et acceptabilité sociale. En août 2026, ce chantier bascule du discours à la décision. Un régulateur albertain refuse une centrale au gaz, une municipalité ontarienne décrète un moratoire d'un an, et le Québec défend un tarif doublé devant son tribunal administratif de l'énergie.
Pourquoi l'Alberta a-t-elle refusé la centrale au gaz d'Olds ?
Le 17 août 2026, l'Alberta Utilities Commission (AUC), l'organisme qui autorise les installations de production d'électricité dans cette province, a rejeté la demande de Synapse Real Estate Corp. visant à construire une centrale au gaz naturel à Olds, une communauté agricole au nord de Calgary. Le projet prévoyait un campus de dix bâtiments, 1,4 gigawatt de production dédiée et 1,8 gigawatt de génératrices diésel de secours, soit de quoi alimenter Edmonton.
Le motif du refus porte sur la localisation, pas sur la technologie. La commission a conclu que le promoteur n'avait présenté aucune justification convaincante du choix d'un site situé à l'intérieur des limites municipales, près de résidences et de commerces. Elle a qualifié le projet de sans précédent par la combinaison de sa taille et de sa proximité avec le voisinage. C'est la première fois au Canada qu'un régulateur énergétique bloque une centrale destinée explicitement à alimenter un campus d'IA.
Que signifie le moratoire d'Oakville pour les municipalités canadiennes ?
Le 12 août 2026, le conseil municipal d'Oakville, en Ontario, a voté à l'unanimité un moratoire d'un an sur les nouveaux centres de données, une première dans la province. Les élus ont mandaté l'administration pour évaluer le bruit, les vibrations, les émissions et les effets sur l'aménagement du territoire. Le maire Rob Burton a présenté la mesure comme un exercice de diligence raisonnable, non comme une réaction à une demande précise.
Le contexte local est révélateur : une filiale de Hive Digital Technologies avait acquis un terrain à Oakville quelques jours avant d'annoncer, en mai 2026, un projet de 320 mégawatts dans la région du Grand Toronto. Le mouvement se propage. Hamilton a rejeté une proposition semblable, Toronto a adopté une motion en juillet 2026, la région de Waterloo a lancé une étude d'impacts, et Mississauga doit se prononcer en septembre 2026.
L'échelle du phénomène explique cette mobilisation. Une étude de l'Université York publiée en juin 2026 recense 194 installations en exploitation au Canada, totalisant 1,6 gigawatt, et 213 projets annoncés représentant 22,2 gigawatts. L'Alberta concentre 92 % de la capacité planifiée alors qu'elle ne détient que 3,3 % de la capacité existante.
Comment le Québec encadre-t-il les centres de données d'IA ?
Le Québec a choisi un levier différent : le contrôle de l'accès à l'électricité plutôt que le veto municipal. La loi issue du projet de loi 69, adoptée en juin 2025, soumet à une autorisation ministérielle tout projet de centre de données requérant 5 mégawatts ou plus, et toute activité de chaîne de blocs dépassant 50 kilowatts. L'attribution ne suit pas l'ordre d'arrivée : les projets sont comparés selon leurs retombées par mégawatt consommé.
Le 19 février 2026, Hydro-Québec a déposé à la Régie de l'énergie une demande créant un tarif propre aux grands centres de données, à environ 13 cents le kilowattheure, soit près du double du tarif de grande puissance actuel. Le tarif applicable aux chaînes de blocs passerait à 19,5 cents. La société d'État justifie l'écart par la nécessité que ces usages assument les coûts liés à leur forte demande. Elle projette que la charge des centres de données passe d'environ 200 mégawatts à plus de 1 000 mégawatts d'ici 2035.
Le gouvernement a appuyé cette orientation par les décrets 88-2026 et 89-2026, adoptés en janvier 2026. Hydro-Québec demande une entrée en vigueur au 1er novembre 2026, avec des périodes de transition de cinq ans pour les centres existants et de trois ans pour les activités cryptographiques. Plusieurs intervenants contestent le dossier, dont l'audience est prévue à l'automne 2026 et la décision d'ici la fin de 2026 ou le début de 2027.
Quels leviers de gouvernance sont mobilisés au Canada ?
Quatre instruments distincts encadrent aujourd'hui l'implantation des infrastructures d'IA au pays :
- L'autorisation énergétique provinciale, comme le seuil québécois de 5 mégawatts, qui conditionne l'accès au réseau à une évaluation gouvernementale des retombées.
- La tarification différenciée, qui fait porter le coût de la demande de pointe aux usages concernés plutôt qu'à l'ensemble des abonnés.
- L'autorisation d'installation par le régulateur énergétique, illustrée par le refus albertain fondé sur la proximité résidentielle.
- Le pouvoir municipal de zonage et de moratoire, désormais exercé en Ontario et réclamé ailleurs au pays.
Ces leviers ne remplacent pas les règles portant sur les systèmes d'IA eux-mêmes : ils déterminent en amont où et à quelles conditions ces systèmes pourront exister. Les municipalités québécoises n'ont pas investi ce terrain comme leurs homologues ontariennes, alors que l'encadrement municipal de l'IA demeure lacunaire au Québec.
Questions fréquentes
Un centre de données d'IA peut-il s'implanter au Québec sans autorisation ?
Non. Depuis la loi adoptée en juin 2025, tout projet requérant 5 mégawatts ou plus exige une autorisation ministérielle. Le gouvernement et Hydro-Québec comparent les demandes selon leurs retombées économiques, sociales et environnementales par mégawatt, plutôt que de servir les projets par ordre d'arrivée.
Le tarif de 13 cents le kilowattheure est-il en vigueur ?
Pas encore. Hydro-Québec l'a déposé le 19 février 2026 et demande une entrée en vigueur au 1er novembre 2026. La Régie de l'énergie tient une audience à l'automne 2026 et pourrait trancher d'ici le début de 2027. Plusieurs intervenants contestent la proposition devant le tribunal.
Une municipalité québécoise peut-elle décréter un moratoire ?
Aucun moratoire municipal comparable à celui d'Oakville n'a été adopté au Québec en août 2026. Les municipalités disposent de pouvoirs de zonage et d'urbanisme, mais l'autorisation énergétique relève du gouvernement provincial, ce qui réduit leur marge d'action sur les projets d'envergure.
Sources
- Des tarifs pour les centres de données et les chaînes de blocs qui refléteront la valeur de notre électricité renouvelable (Hydro-Québec, 19 février 2026)
- Les centres de données au Québec (Bibliothèque de l'Assemblée nationale du Québec, Première lecture)
- Alberta Utilities Commission rejects power plant for Olds, Alta., data centre plan (CBC News, 17 août 2026)
- Oakville enacts data centre pause as Ontario municipalities wrestle with AI buildout (Global News, 12 août 2026)
- Centres de données au Québec : d'une promesse séduisante à un contrôle rigoureux (BLG, juillet 2026)
- Une opposition aux centres de données pour l'intelligence artificielle voit le jour partout au Canada (Le Devoir, 18 juillet 2026)






