Essayez l'outil gratuitement

Essayer
Gouvernance
Veille6 min de lecture

Québec et Alberta s'entendent sur l'IA dans l'État : un modèle de gouvernance partagée

Le 14 juillet 2026, Québec et l'Alberta ont signé une entente de coopération de cinq ans pour déployer l'IA dans l'administration publique. Une première interprovinciale qui mise sur le partage d'actifs et de pratiques de gouvernance.

FB
Florian Brobst
Fondateur & Directeur · 15 juillet 2026

Le 14 juillet 2026, la ministre de la Cybersécurité et du Numérique du Québec, France-Élaine Duranceau, a annoncé la signature d'une entente de coopération opérationnelle en intelligence artificielle (IA) avec l'Alberta. D'une durée de cinq ans et sans engagement financier, cette entente vise à accélérer le déploiement de l'IA dans l'administration publique des deux provinces. Elle marque une première : une collaboration interprovinciale d'État à État, distincte des ententes récentes du Québec avec des fournisseurs privés.

Qu'ont signé le Québec et l'Alberta le 14 juillet 2026

L'entente a été conclue entre France-Élaine Duranceau et Nate Glubish, ministre des Technologies et de l'Innovation de l'Alberta. Contrairement aux partenariats exploratoires signés en juin 2026 avec les entreprises Cohere (9 juin) et Mistral (16 juin), il ne s'agit pas ici d'une collaboration avec un fournisseur de modèles, mais d'un accord entre deux gouvernements provinciaux.

L'objectif affiché est de bâtir un État plus simple, performant et efficace. Selon la ministre Duranceau, la logique consiste à réutiliser les solutions déjà développées plutôt que de « repartir à zéro » dans chaque province. L'entente ne comporte aucun transfert de fonds : elle organise une coopération technique et administrative, pas un programme de financement.

Que prévoit concrètement l'entente

L'accord définit plusieurs mécanismes de collaboration entre les deux administrations. Les principaux engagements sont les suivants :

  1. Le partage de connaissances et de meilleures pratiques en matière d'intelligence artificielle entre les fonctions publiques québécoise et albertaine.
  2. La mise en commun d'actifs technologiques réutilisables, afin d'éviter que chaque province développe séparément des outils équivalents.
  3. Le développement de programmes de formation et de requalification du personnel appelé à travailler avec des systèmes d'IA.
  4. Le renforcement des expertises en gouvernance des données, en cybersécurité, en protection de la vie privée et en gestion des risques.

Ce quatrième volet situe explicitement l'entente sur le terrain de la gouvernance. Le déploiement de l'IA dans les services publics n'est pas présenté comme un simple projet technologique, mais comme une transformation qui exige un encadrement des données, des risques et de la vie privée.

Pourquoi cette entente relève de la gouvernance, pas seulement de la technologie

La mise en commun d'actifs technologiques réutilisables soulève des questions de gouvernance concrètes. Un modèle, un jeu de données d'entraînement ou un outil décisionnel partagé entre deux provinces doit répondre à des régimes juridiques distincts. Le Québec encadre le traitement des renseignements personnels par la Loi 25, assortie de sanctions pouvant atteindre 10 M$ ou 2 % du chiffre d'affaires mondial, tandis que l'Alberta applique sa propre législation sur la protection des renseignements personnels dans le secteur public.

Partager un actif réutilisable suppose donc de documenter son usage, ses limites et les données qui l'ont façonné, pour que chaque administration puisse vérifier sa conformité avant de le déployer. C'est précisément pourquoi l'entente inscrit la gouvernance des données et la gestion des risques parmi ses objectifs : sans ce socle commun, la réutilisation d'outils d'une province à l'autre exposerait les citoyens à des traitements de données non maîtrisés.

Comment l'entente s'inscrit dans la stratégie québécoise

Cette signature prolonge une séquence d'initiatives visant à intégrer l'IA dans la fonction publique québécoise. En quelques semaines, le gouvernement a multiplié les gestes structurants : ententes exploratoires avec Cohere et Mistral, directive sur l'utilisation de l'IA générative par les organismes publics publiée le 19 décembre 2025, dont l'échéance de conformité était fixée au 5 juin 2026.

Le contexte chiffré confirme cette accélération. Selon le Portrait des utilisations de l'intelligence artificielle dans l'administration publique, le nombre d'initiatives en IA a augmenté de plus de 50 % entre 2024 et 2025, et près de 30 % d'organismes publics de plus déclarent désormais des projets d'IA. L'entente avec l'Alberta ajoute une dimension interprovinciale à ce mouvement, en cherchant des économies d'échelle par la mutualisation plutôt que par la duplication.

Quels enjeux pour la suite

Une coopération sans engagement financier a l'avantage de la souplesse, mais elle déplace la question vers la mise en œuvre. La valeur de l'entente dépendra de la capacité des deux provinces à définir des standards communs de documentation, d'évaluation des risques et de supervision humaine, afin qu'un actif jugé conforme d'un côté le soit aussi de l'autre.

L'enjeu dépasse la simple efficacité administrative. En choisissant de partager des outils publics d'IA, le Québec et l'Alberta font un pari de gouvernance : celui qu'une IA d'État bien encadrée peut circuler entre administrations sans diluer la protection des citoyens. La réussite se mesurera moins au nombre d'outils partagés qu'à la rigueur des cadres qui accompagneront leur circulation.

Questions fréquentes

Qui a signé l'entente Québec-Alberta sur l'IA et quand ? L'entente a été annoncée le 14 juillet 2026 par France-Élaine Duranceau, ministre de la Cybersécurité et du Numérique du Québec, et Nate Glubish, ministre des Technologies et de l'Innovation de l'Alberta. Elle porte sur une durée de cinq ans.

L'entente comporte-t-elle un financement ? Non. L'accord est conclu sans engagement financier. Il organise une coopération opérationnelle : partage de connaissances, mise en commun d'actifs technologiques réutilisables et développement de formations, sans transfert de fonds entre les deux provinces.

En quoi cette entente diffère-t-elle des partenariats avec Cohere et Mistral ? Les ententes de juin 2026 avec Cohere et Mistral étaient des collaborations exploratoires avec des fournisseurs de modèles d'IA. L'entente avec l'Alberta est un accord entre deux gouvernements provinciaux, centré sur le partage de pratiques et d'outils entre fonctions publiques.

Quelles obligations de gouvernance encadrent les outils partagés ? Chaque province reste soumise à son propre régime. Au Québec, la Loi 25 encadre les renseignements personnels et les décisions automatisées. Un actif réutilisé d'une province à l'autre doit être documenté et évalué pour respecter la législation applicable dans chaque administration.

Pourquoi l'entente insiste-t-elle sur la gouvernance des données ? Parce que la mutualisation d'outils d'IA entre administrations n'est possible qu'avec des cadres communs de protection des données, de cybersécurité et de gestion des risques. Sans ce socle, la réutilisation exposerait les citoyens à des traitements de données non maîtrisés.

Sources

  • Gouvernement du Québec, « France-Élaine Duranceau annonce une entente avec l'Alberta pour accélérer le déploiement de l'intelligence artificielle au sein de l'État », 14 juillet 2026, https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/france-elaine-duranceau-annonce-une-entente-avec-lalberta-pour-accelerer-le-deploiement-de-lintelligence-artificielle-au-sein-de-letat-71867
  • Les Affaires, « France-Élaine Duranceau annonce une entente avec l'Alberta pour accélérer le déploiement de l'intelligence artificielle au sein de l'État », juillet 2026, https://www.lesaffaires.com/communique-de-presse/france-elaine-duranceau-annonce-une-entente-avec-lalberta-pour-accelerer-le-deploiement-de-lintelligence-artificielle-au-sein-de-letat/
  • Radio-Canada, « Québec collabore avec Cohere pour intégrer l'IA dans la fonction publique », juin 2026, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2260282/ia-cohere-quebec-gouvernement-entente
  • La Presse, « Après Cohere, Québec s'entend avec Mistral », 16 juin 2026, https://www.lapresse.ca/affaires/techno/2026-06-16/intelligence-artificielle/apres-cohere-quebec-s-entend-avec-mistral.php
  • Gouvernement du Québec, « Publication du Portrait des utilisations de l'intelligence artificielle dans l'administration publique », 2026, https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/publication-du-portrait-des-utilisations-de-lintelligence-artificielle-dans-ladministration-publique-68823
  • Commission d'accès à l'information du Québec, « Principes pour un développement et une utilisation de l'intelligence artificielle générative responsables », https://www.cai.gouv.qc.ca/actualites/devoilement-principes-developpement-et-utilisation-intelligence-artificielle-ia-generative

Partager :
FB
Florian Brobst
Fondateur & Directeur

Spécialiste en gouvernance de l’intelligence artificielle, Florian accompagne les organisations dans la mise en place de cadres de gouvernance responsables et conformes aux réglementations émergentes.

Restez informé

Abonnez-vous à notre infolettre pour ne rien manquer.

Nous contacter

Ce site utilise des cookies essentiels et fonctionnels pour améliorer votre expérience. Politique de confidentialité