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Gouvernance
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Compétence en IA des décideurs : le maillon faible de la gouvernance québécoise

Une cohorte francophone de formation en politiques d'IA se tient à Montréal les 1er et 2 septembre 2026, alors que la directive québécoise exige déjà une formation documentée dans le secteur public et que le Canada se classe 44e sur 47 pour la littératie en IA.

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Florian Brobst
Fondateur & Directeur · 1 septembre 2026

La maîtrise de l'intelligence artificielle (IA), aussi appelée littératie en IA, désigne l'ensemble des compétences, connaissances et niveaux de compréhension qui permettent à une personne de déployer un système d'IA de façon éclairée et d'en percevoir les risques. Depuis 2025, cette notion a quitté le registre pédagogique pour entrer dans le droit : elle figure à l'article 4 du règlement européen sur l'IA et, au Québec, dans les exigences de conformité imposées aux organismes publics depuis le 5 juin 2026.

Cette semaine, les 1er et 2 septembre 2026, une cohorte francophone du programme « Boussole des politiques en IA » réunit à Montréal des responsables des politiques publiques. L'occasion de mesurer un écart devenu structurant : les obligations québécoises et fédérales supposent des décideurs compétents, alors que les données disponibles suggèrent qu'ils ne le sont pas encore.

Que prévoit exactement l'obligation québécoise de formation ?

L'encadrement québécois de l'IA générative dans le secteur public, publié par le ministère de la Cybersécurité et du Numérique, impose aux organismes publics de se conformer intégralement depuis le 5 juin 2026. La formation du personnel n'y est pas un accessoire : elle constitue une exigence à part entière, et l'absence de formation documentée constitue un manquement.

Trois éléments distinguent cette approche d'une simple recommandation :

  1. La preuve incombe à l'organisme. Un registre de formation par employé constitue la trace attendue. Un organisme qui affirme former son personnel sans pouvoir le démontrer se trouve dans la même position que celui qui ne le fait pas.

  2. L'obligation vise l'usage réel, pas le titre. Elle touche toute personne appelée à utiliser des outils d'IA générative dans ses fonctions, indépendamment de son rattachement aux équipes technologiques.

  3. Elle s'articule à une structure de gouvernance. Comités, processus et documentation doivent exister en parallèle, ce qui suppose des gestionnaires capables d'arbitrer des dossiers qu'ils ne maîtrisent pas techniquement.

Cette exigence s'inscrit dans la Stratégie d'intégration de l'intelligence artificielle dans l'administration publique 2021-2026, qui arrive à échéance cette année sans que son successeur ait été rendu public, l'Assemblée nationale étant dissoute jusqu'au scrutin du 5 octobre 2026.

Pourquoi le Canada part-il de si loin ?

Les chiffres disponibles sont sévères. Selon l'étude menée par KPMG et l'Université de Melbourne auprès de plus de 48 000 personnes dans 47 pays (dont 1 025 au Canada) entre novembre 2024 et janvier 2025, le Canada se classe au 44e rang sur 47 pour la formation et la littératie en IA, et au 42e rang sur 47 pour la confiance envers les systèmes d'IA. Moins du quart des Canadiens interrogés (24 %) déclaraient avoir reçu une formation en IA.

Ces résultats ont été repris dans la Stratégie nationale d'intelligence artificielle du Canada, « L'IA pour tous », dévoilée le 4 juin 2026. La littératie en IA y constitue l'un des piliers, avec l'annonce d'une initiative nationale, de contenus de formation destinés à un million d'étudiants du postsecondaire et à plus de 3 000 enseignants.

Le décalage est net : la stratégie fédérale cible massivement le milieu de l'éducation, tandis que l'obligation québécoise pèse sur les organismes publics. Peu de dispositifs visent explicitement la strate intermédiaire, celle des gestionnaires et des responsables de politiques qui autorisent, achètent et encadrent les systèmes.

Que propose la « Boussole des politiques en IA » ?

Le programme, offert conjointement par Mila et le Forum des politiques publiques, représente une réponse partielle à ce vide. Il s'adresse aux responsables des politiques et aux décideurs de tous les ordres de gouvernement, ainsi qu'aux secteurs privé, universitaire et communautaire, sans exiger de formation préalable en informatique.

Le format est court : deux journées d'apprentissage synchrone, soit 12 heures au total, organisées autour de quatre blocs (démystification des concepts fondamentaux, opportunités et risques, approches juridiques et réglementaires à l'échelle mondiale, leadership en gouvernance de l'IA). La cohorte francophone se tient les 1er et 2 septembre 2026 dans les locaux de Mila, rue Saint-Urbain à Montréal. Le tarif s'élève à 2 050 $ CAD, avec une réduction de 15 % pour les membres des deux organisations.

Deux limites méritent d'être nommées. D'abord, l'échelle : quelques dizaines de participants par cohorte ne couvrent pas les centaines d'organismes publics québécois assujettis à la directive. Ensuite, le coût, qui reste hors de portée d'une petite municipalité ou d'un organisme communautaire, alors que ce sont souvent ces acteurs qui disposent des moindres capacités internes d'évaluation.

Comment l'Europe traite-t-elle la même question ?

L'article 4 du règlement (UE) 2024/1689 impose aux fournisseurs et aux déployeurs de systèmes d'IA de prendre des mesures pour assurer un niveau suffisant de maîtrise de l'IA chez leur personnel, en tenant compte des connaissances techniques, de l'expérience et du contexte d'utilisation. Cette disposition s'applique depuis le 2 février 2025, indépendamment du niveau de risque des systèmes utilisés.

Sa portée pratique a toutefois changé le 2 août 2026, date à laquelle le règlement est devenu pleinement applicable et à laquelle les États membres devaient avoir désigné leurs autorités nationales compétentes et notifié leur régime de sanctions. Une obligation de compétence dépourvue d'autorité pour la vérifier reste une déclaration d'intention, ce que plusieurs États membres illustrent encore.

Le Québec se trouve dans une configuration voisine : l'exigence de formation existe, la sanction est absente, et la vérification repose sur des mécanismes administratifs internes plutôt que sur un régulateur doté de pouvoirs d'inspection.

Ce que les organisations peuvent faire dès maintenant

Trois gestes concrets se dégagent pour une organisation québécoise, publique ou privée. Constituer un registre de formation nominatif, même sommaire, car il matérialise la conformité. Distinguer la formation des utilisateurs de celle des décideurs, les seconds ayant besoin de repères juridiques et d'arbitrage plutôt que de techniques d'invite. Enfin, documenter les décisions de non-adoption autant que les déploiements : refuser un outil pour un motif étayé est aussi une preuve de compétence.

Questions fréquentes

La formation en IA est-elle obligatoire au Québec ? Pour les organismes publics assujettis à l'encadrement québécois de l'IA générative, oui : la formation du personnel fait partie des exigences applicables depuis le 5 juin 2026, et son absence documentée constitue un manquement. Pour les entreprises privées québécoises, aucune obligation générale équivalente n'existe à ce jour.

Qu'est-ce que la maîtrise de l'IA au sens du règlement européen ? L'article 4 du règlement (UE) 2024/1689 la définit comme les compétences, connaissances et compréhension permettant un déploiement éclairé des systèmes d'IA et une conscience des occasions et des risques associés. Elle s'applique aux fournisseurs comme aux déployeurs, depuis le 2 février 2025.

Une organisation québécoise est-elle visée par l'article 4 européen ? Possiblement. Le règlement s'applique de façon extraterritoriale lorsque les résultats produits par un système d'IA sont utilisés dans l'Union européenne. Une entreprise québécoise qui dessert des clients européens peut donc être considérée comme fournisseur ou déployeur au sens du texte.

Combien coûte une formation en politiques d'IA au Québec ? Le programme « Boussole des politiques en IA » de Mila et du Forum des politiques publiques est facturé 2 050 $ CAD pour 12 heures réparties sur deux jours, avec une réduction de 15 % pour les membres. D'autres formations existent, notamment en ligne et à moindre coût, mais leur reconnaissance varie.

Sources

  • Mila et Forum des politiques publiques, « Boussole des politiques en IA » : https://mila.quebec/fr/formation-continue/boussole-des-politiques-en-ia
  • Règlement (UE) 2024/1689 du Parlement européen et du Conseil (règlement sur l'intelligence artificielle), article 4 : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=OJ:L_202401689
  • Innovation, Sciences et Développement économique Canada, « Stratégie nationale d'intelligence artificielle du Canada : L'IA pour tous », juin 2026 : https://ised-isde.canada.ca/site/ised/sites/default/files/documents/ai-strategy-fr.pdf
  • KPMG Canada et Université de Melbourne, « Confiance et formation en matière d'IA : le Canada à la traîne », juin 2025 : https://kpmg.com/ca/fr/insights/2025/06/canada-lagging-global-peers-in-ai-trust-and-literacy.html
  • Gouvernement du Québec, « Intelligence artificielle dans l'administration publique » : https://www.quebec.ca/gouvernement/numerique/intelligence-artificielle-administration-publique
  • Gouvernement du Québec, « Stratégie d'intégration de l'intelligence artificielle dans l'administration publique 2021-2026 » : https://www.quebec.ca/gouvernement/politiques-orientations/strategie-integration-ia-administration-publique-2021-2026

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Florian Brobst
Fondateur & Directeur

Spécialiste en gouvernance de l’intelligence artificielle, Florian accompagne les organisations dans la mise en place de cadres de gouvernance responsables et conformes aux réglementations émergentes.

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