Le Portrait des utilisations de l'intelligence artificielle (IA) dans l'administration publique est l'inventaire annuel que le gouvernement du Québec publie en vertu de l'arrêté ministériel 2024-01. Mis à jour le 30 septembre 2026 avec des données arrêtées au 15 juin 2026, il recense 432 initiatives d'IA déclarées par 157 organismes publics, contre 258 initiatives et 83 organismes un an plus tôt. Il s'agit de la photographie la plus complète de l'IA dans l'État québécois.
Ce portrait arrive à un moment charnière. La Stratégie d'intégration de l'IA dans l'administration publique 2021-2026 arrive à échéance, et le conseil des ministres assermenté le 21 octobre 2026 compte pour la première fois une ministre déléguée à l'Intelligence artificielle et au Numérique, Anne Nguyen.
Que contient le portrait 2026 ?
Le jeu de données publié sur Données Québec compte 432 lignes, une par initiative. Pour chacune, il indique le portefeuille, l'organisme, le nom de l'actif, la catégorie d'usage, les bénéfices attendus et le statut. Selon la page officielle de Québec.ca, la progression sur trois ans est nette :
- Initiatives d'IA : 168 en 2024, 258 en 2025, 432 en 2026 (hausse de 67 % en un an).
- Organismes déclarants : 65 en 2024, 83 en 2025, 157 en 2026 (hausse de 89 % en un an).
- Initiatives destinées aux services aux citoyens : 36 en 2024, 61 en 2025, 73 en 2026.
Notre lecture du fichier CSV 2026 montre que 311 initiatives (72 %) sont classées « en production ou en exploitation » et 121 sont encore en développement. L'IA n'est donc plus un sujet de projets pilotes dans l'État québécois : elle est déjà intégrée aux opérations.
Où l'IA est-elle la plus présente ?
Trois réseaux concentrent 286 des 432 initiatives, soit les deux tiers du total : Santé Québec (125), le réseau de l'enseignement supérieur (88) et le réseau de l'éducation (73). Suivent le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (24), l'Agence du revenu du Québec (18) et le ministère de la Santé et des Services sociaux (17).
Côté usages, la modélisation prédictive arrive en tête (61 initiatives), devant l'analyse et la synthèse de texte (54), l'interaction conversationnelle (53) et, à égalité avec 46 initiatives chacune, l'aide à la décision, l'analyse de données et l'automatisation intelligente de processus. La création de contenu, typique de l'IA générative, compte 41 initiatives.
Une seule initiative est classée « décision automatisée » : un outil de traitement des relevés de notes pour les admissions à l'Université de Montréal, encore en développement. Ce chiffre bas doit être lu avec prudence, car les 46 outils d'aide à la décision peuvent influencer fortement des décisions individuelles sans être formellement automatisés.
Pourquoi cet inventaire compte-t-il pour la gouvernance de l'IA ?
L'inventaire est la première brique de toute gouvernance : on ne peut pas encadrer ce qu'on ne voit pas. L'arrêté 2024-01 oblige les organismes assujettis à la Loi sur la gouvernance et la gestion des ressources informationnelles à déclarer chaque année leurs projets d'IA au dirigeant principal de l'information. Le Québec rejoint ainsi la pratique des registres publics d'algorithmes, aussi exigée au fédéral par la Directive sur la prise de décisions automatisée du Conseil du Trésor.
Le portrait comporte toutefois quatre angles morts importants :
- Aucune donnée sur les risques : le fichier ne précise ni niveau de risque, ni évaluation des facteurs relatifs à la vie privée (EFVP), ni mesure d'atténuation.
- Des bénéfices autodéclarés : les gains annoncés par les organismes ne sont pas vérifiés de façon indépendante.
- Des fournisseurs anonymisés : impossible de savoir quels modèles ou quelles plateformes infonuagiques sont utilisés, une information pourtant utile pour évaluer la souveraineté des données.
- Des exclusions : certaines initiatives liées à la cybersécurité, à la recherche ou à des renseignements confidentiels ne sont pas publiées.
Ces lacunes comptent, car l'article 65.2 de la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels, modifiée par la Loi 25, oblige déjà un organisme à informer une personne lorsqu'une décision la concernant repose exclusivement sur un traitement automatisé de ses renseignements personnels.
Quels chantiers attendent le nouveau ministère ?
Avec une stratégie qui expire et une croissance de 67 % en un an, le ministère de l'Intelligence artificielle et du Numérique hérite de trois questions concrètes. D'abord, enrichir l'inventaire d'un niveau de risque et d'un lien vers les évaluations réalisées, comme le font les registres fédéral et européens. Ensuite, encadrer en priorité le réseau de la santé, qui porte à lui seul 125 initiatives et traite les renseignements les plus sensibles. Enfin, définir la stratégie qui succédera à celle de 2021-2026, en s'appuyant sur l'énoncé de principes pour une utilisation responsable de l'IA adopté par l'arrêté 2025-02.
Pour les fournisseurs et les organismes publics, le message est clair : la déclaration annuelle n'est plus une formalité. Un dossier d'initiative bien documenté (finalité, données utilisées, supervision humaine, EFVP) deviendra vraisemblablement la norme attendue.
Questions fréquentes
Combien de projets d'IA le gouvernement du Québec utilise-t-il en 2026 ?
Selon le portrait mis à jour le 30 septembre 2026, 157 organismes publics québécois ont déclaré 432 initiatives d'IA, avec des données arrêtées au 15 juin 2026. De ce nombre, 311 sont en production ou en exploitation et 121 sont en développement, selon le fichier publié sur Données Québec.
Quel secteur public utilise le plus l'IA au Québec ?
Santé Québec arrive en tête avec 125 initiatives, devant le réseau de l'enseignement supérieur (88) et le réseau de l'éducation (73). Ces trois réseaux regroupent 286 des 432 initiatives recensées dans le portrait 2026 du gouvernement du Québec.
Les organismes publics sont-ils obligés de déclarer leurs projets d'IA ?
Oui. L'arrêté ministériel 2024-01, pris le 28 février 2024, oblige les organismes assujettis à la Loi sur la gouvernance et la gestion des ressources informationnelles à déclarer chaque année au dirigeant principal de l'information tout projet, actif ou initiative en IA.
Le portrait indique-t-il les risques des systèmes d'IA ?
Non. Le portrait 2026 décrit la catégorie d'usage, les bénéfices déclarés et le statut de chaque initiative, mais ne publie ni niveau de risque, ni évaluation des facteurs relatifs à la vie privée, ni nom de fournisseur. Ces informations restent internes aux organismes.
Sources
- Portrait des utilisations de l'intelligence artificielle dans l'administration publique (gouvernement du Québec, mis à jour le 30 septembre 2026)
- Portrait public des utilisations de l'IA dans l'administration publique québécoise, jeu de données 2026 (Données Québec, 30 septembre 2026)
- Arrêté numéro 2024-01 du ministre de la Cybersécurité et du Numérique (Gazette officielle du Québec, 2024)
- Utilisation responsable de l'intelligence artificielle dans l'administration publique (gouvernement du Québec, mis à jour le 27 juillet 2026)
- Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels, RLRQ c A-2.1 (LégisQuébec)
- Directive sur la prise de décisions automatisée (Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada)
- 432 projets d'IA au gouvernement du Québec : ce que l'inventaire nous apprend (Sébastien Bélisle, 24 octobre 2026)
- Un ministère de l'Intelligence artificielle et du Numérique au Québec (gouvernance.ai)






