L'entente Québec-Mistral annoncée le 16 juin 2026 est une entente de collaboration exploratoire conclue entre le gouvernement du Québec et l'entreprise française d'intelligence artificielle (IA) Mistral. Présentée par France-Élaine Duranceau, ministre de la Cybersécurité et du Numérique et présidente du Conseil du trésor, elle vise à alimenter la réflexion de l'État sur la souveraineté numérique, l'autonomie technologique et l'intégration responsable de l'IA dans l'administration publique. Elle ne comporte aucune implication financière ni engagement contraignant.
Que prévoit l'entente entre Québec et Mistral ?
L'entente du 16 juin 2026 organise une collaboration de nature consultative, et non un contrat d'approvisionnement. Elle prévoit la tenue d'échanges, d'ateliers et de discussions destinés à mieux cerner les possibilités et les conditions d'un déploiement encadré de l'IA pour améliorer l'efficacité de l'État.
Selon le communiqué gouvernemental, la démarche repose sur quatre caractéristiques précises :
- Une portée strictement exploratoire, sans décision d'achat de technologie.
- Aucun investissement financier de la part du gouvernement du Québec.
- Aucun échéancier d'implantation de l'IA au sein de l'appareil public.
- Un cadre limité à des activités de dialogue et de transfert de connaissances.
La ministre Duranceau a indiqué que le gouvernement souhaite s'entourer « des meilleurs partenaires pour intégrer l'IA » afin de faire « des choix éclairés, en phase avec notre vision de souveraineté numérique ». L'absence d'engagement contractuel distingue clairement cette entente d'un appel d'offres public.
Pourquoi Mistral après Cohere ?
Il s'agit de la deuxième entente exploratoire conclue par le Québec avec un acteur majeur de l'IA en huit jours. La première, signée le 8 juin 2026 avec l'entreprise canadienne Cohere, ciblait la fonction publique et la réflexion sur la souveraineté numérique. Le gouvernement adopte donc une approche à deux fournisseurs, l'un canadien et l'autre européen, plutôt que de s'arrimer à un seul partenaire.
Mistral, fondée à Paris en 2023, est présentée par le gouvernement comme la seule entreprise européenne ayant développé ses propres grands modèles de langage. Un grand modèle de langage (GML) est un système d'IA entraîné sur d'immenses corpus de texte pour générer et traiter le langage naturel. L'entreprise inaugure de nouveaux bureaux à Montréal, ce qui renforce son ancrage dans l'écosystème québécois de l'IA.
Le choix d'un acteur européen prolonge une orientation diplomatique précise. L'entente fait suite à la Déclaration d'intention sur la souveraineté numérique signée entre le Québec et la France en mars 2026, puis à la mission du premier ministre en France en mai 2026. Cette déclaration visait notamment la coopération sur l'IA, les infrastructures numériques, l'identité numérique et les outils collaboratifs souverains, dans une logique de réduction de la dépendance aux grandes plateformes américaines.
Quels enjeux de gouvernance soulève cette stratégie ?
La souveraineté numérique désigne la capacité d'un État à exercer un contrôle effectif sur les technologies, les données et les infrastructures qu'il utilise, sans dépendance critique envers des acteurs externes. Le recours à deux fournisseurs étrangers, même choisis hors du giron des géants américains, ne résout pas à lui seul cette équation. Trois questions de gouvernance demeurent ouvertes.
La première concerne l'hébergement et la régie des données. Toute utilisation future de modèles tiers par l'administration devra préciser où résident les renseignements personnels des citoyens et quelles lois les gouvernent, conformément à la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur public et à la Loi 25 sur la protection des renseignements personnels. La deuxième porte sur la nature non contraignante des deux ententes : un dialogue exploratoire n'emporte aucune obligation de résultat ni garantie d'encadrement à long terme. La troisième touche la cohérence réglementaire, alors que la directive ministérielle sur l'IA générative est devenue obligatoire pour les organismes publics québécois le 5 juin 2026, soit trois jours avant l'entente Cohere.
Ces ententes interviennent par ailleurs dans un contexte fédéral incertain. Le ministre fédéral de l'Intelligence artificielle et de l'Innovation numérique, Evan Solomon, a confirmé qu'il ne relancerait pas la Loi sur l'intelligence artificielle et les données (LIAD), morte au feuilleton en janvier 2025, sans avoir encore déposé de cadre de remplacement. Le Québec avance donc ses pions en matière de gouvernance de l'IA dans un vide législatif fédéral persistant.
Questions fréquentes
L'entente Québec-Mistral engage-t-elle des fonds publics ?
Non. Le gouvernement précise que l'entente du 16 juin 2026 est strictement exploratoire, sans investissement financier ni échéancier d'implantation. Elle se limite à des échanges, ateliers et discussions visant à éclairer les choix futurs de l'État en matière d'intégration de l'IA.
En quoi diffère-t-elle de l'entente avec Cohere ?
Les deux ententes partagent la même nature exploratoire et non contraignante. Elles se distinguent par le partenaire : Cohere est une entreprise canadienne fondée à Toronto, tandis que Mistral est française. Le Québec construit ainsi une stratégie à deux fournisseurs plutôt qu'une dépendance unique.
Qu'est-ce que Mistral ?
Mistral est une entreprise française d'intelligence artificielle fondée à Paris en 2023. Le gouvernement du Québec la décrit comme la seule société européenne ayant développé ses propres grands modèles de langage. Elle inaugure de nouveaux bureaux à Montréal, renforçant sa présence dans l'écosystème québécois.
Quel cadre encadre l'usage de l'IA dans le secteur public québécois ?
Depuis le 5 juin 2026, une directive ministérielle sur l'IA générative est obligatoire pour les organismes publics. La Loi 25 et la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur public s'appliquent dès qu'un système d'IA traite des renseignements personnels.
Sources
- Gouvernement du Québec, « Québec s'associe avec Mistral pour explorer le potentiel de l'IA dans la transformation numérique de l'État », 16 juin 2026 : https://www.newswire.ca/fr/news-releases/intelligence-artificielle-quebec-s-associe-avec-mistral-pour-explorer-le-potentiel-de-l-ia-dans-la-transformation-numerique-de-l-etat-894796501.html
- Gouvernement du Québec, « Québec s'associe avec Cohere pour rendre l'État plus efficace », 8 juin 2026 : https://www.newswire.ca/fr/news-releases/intelligence-artificielle-quebec-s-associe-avec-cohere-pour-rendre-l-etat-plus-efficace-829738313.html
- Gouvernement du Québec, « Mission en Europe : le Québec signe une déclaration d'intention sur la souveraineté numérique avec la France », mars 2026 : https://www.newswire.ca/fr/news-releases/mission-en-europe-le-quebec-signe-une-declaration-d-intention-sur-la-souverainete-numerique-avec-la-france-886144527.html
- La Presse, « Après Cohere, Québec s'entend avec Mistral », 16 juin 2026 : https://www.lapresse.ca/affaires/techno/2026-06-16/intelligence-artificielle/apres-cohere-quebec-s-entend-avec-mistral.php
- Gouvernement du Québec, « Intelligence artificielle dans l'administration publique » : https://www.quebec.ca/gouvernement/numerique/intelligence-artificielle-administration-publique



