L'entente Québec-Cohere annoncée le 9 juin 2026 est un protocole d'entente (PE) exploratoire signé entre le gouvernement du Québec et l'entreprise canadienne d'intelligence artificielle (IA) Cohere. Annoncé par France-Élaine Duranceau, ministre de la Cybersécurité et du Numérique, ce protocole vise à alimenter la réflexion stratégique de l'État sur la souveraineté numérique et sur l'intégration responsable de l'IA dans la fonction publique. Il ne comporte aucune implication financière ni engagement contractuel pour le gouvernement.
Que prévoit l'entente entre Québec et Cohere ?
Le protocole signé le 9 juin 2026 encadre une collaboration de nature consultative, et non un contrat d'approvisionnement. Concrètement, il organise des échanges, des ateliers et des discussions destinés à mieux cerner les possibilités, les limites et les conditions de déploiement de l'IA dans l'administration publique québécoise.
Les trois axes de travail annoncés sont les suivants :
- Nourrir la réflexion stratégique sur la souveraineté numérique de l'État québécois.
- Examiner l'intégration responsable de l'IA générative au sein de la fonction publique.
- Soutenir la transformation numérique des services gouvernementaux.
La ministre Duranceau a présenté l'IA comme « un levier incontournable pour moderniser l'État », tout en insistant sur le caractère encadré et prudent de la démarche. L'absence d'engagement financier distingue ce protocole d'un appel d'offres : il s'agit d'un dialogue exploratoire préalable, non d'une décision d'achat de technologie.
Pourquoi Cohere et pourquoi maintenant ?
Cohere est une entreprise d'IA fondée à Toronto, spécialisée dans les grands modèles de langage destinés aux usages d'entreprise et aux organisations qui exigent un contrôle élevé sur leurs données. L'entreprise a ouvert un bureau à Montréal en juillet 2025 et collabore avec l'Institut québécois d'intelligence artificielle Mila pour adapter ses modèles au contexte linguistique et culturel du Québec.
Le choix d'un acteur canadien n'est pas neutre. Le protocole s'inscrit dans une logique de réduction de la dépendance aux fournisseurs étrangers, alors que la majorité des modèles d'IA générative utilisés dans les organisations publiques proviennent de fournisseurs américains (OpenAI, Google, Microsoft, Anthropic). En privilégiant un dialogue avec une entreprise canadienne arrimée à l'écosystème québécois, le gouvernement cherche à conserver une marge de manœuvre sur l'hébergement des données, la conformité réglementaire et l'adaptation linguistique au français.
Le calendrier est lui aussi significatif. L'annonce survient quatre jours après l'échéance du 5 juin 2026, date à laquelle la directive ministérielle sur l'IA générative est devenue obligatoire pour les organismes publics québécois. Elle suit également l'entente de recherche conclue le 27 mai 2026 entre Cohere et Mila sur l'évaluation des modèles en français québécois.
Comment l'entente s'articule-t-elle avec la stratégie québécoise ?
Le protocole se rattache à deux cadres existants. D'une part, l'Énoncé de politique sur la souveraineté numérique, approuvé en janvier 2026, qui pose les principes de contrôle de l'État sur ses infrastructures, ses données et ses compétences numériques. D'autre part, la Stratégie d'intégration de l'IA 2021-2026, qui arrive à son terme et dont les suites devront être définies.
La souveraineté numérique désigne la capacité d'un État à exercer un contrôle effectif sur les technologies, les données et les infrastructures qu'il utilise, sans dépendance critique envers des acteurs externes. Pour le secteur public québécois, cet enjeu se traduit par des questions concrètes : où sont hébergées les données des citoyens, qui peut y accéder, et selon quelles lois ces données sont-elles régies.
Cette préoccupation rejoint le cadre de la Loi 25 sur la protection des renseignements personnels. Lorsqu'un système d'IA traite des renseignements personnels, l'organisme public demeure responsable de ses obligations, même si le traitement passe par un fournisseur tiers : tenue d'un registre, évaluation des facteurs relatifs à la vie privée (EFVP) en cas de risque sérieux, encadrement des sous-traitants et droit à l'information des personnes concernées.
Quelles limites pour un protocole sans engagement financier ?
Un protocole d'entente exploratoire ne crée pas d'obligation d'achat ni de partenariat technologique exclusif. Sa portée reste celle d'un cadre de dialogue : il facilite le partage d'expertise, mais ne se substitue pas aux processus d'approvisionnement public, lesquels demeurent soumis aux règles de concurrence et de transparence. Le risque, souligné par certains observateurs, tient à la frontière parfois floue entre conseil stratégique et influence commerciale lorsqu'un fournisseur potentiel participe à la réflexion qui précède d'éventuels achats.
Pour le citoyen et l'organisation publique, l'enjeu de fond demeure la traçabilité des décisions : quels usages de l'IA seront retenus, sur quels critères, et avec quelles garanties de reddition de comptes. Le protocole Québec-Cohere est une étape de cadrage, pas un aboutissement.
Questions fréquentes
L'entente Québec-Cohere est-elle un contrat d'achat ?
Non. Il s'agit d'un protocole d'entente exploratoire annoncé le 9 juin 2026, sans implication financière ni engagement contractuel pour le gouvernement du Québec. Il organise des échanges et des ateliers, pas une acquisition de technologie.
Qui a signé l'entente du côté du gouvernement ?
L'annonce a été faite par France-Élaine Duranceau, ministre de la Cybersécurité et du Numérique du Québec, responsable des dossiers de transformation numérique et de souveraineté numérique de l'État.
Quel lien avec l'entente Cohere-Mila du 27 mai 2026 ?
Ce sont deux ententes distinctes. Celle du 27 mai 2026 est une collaboration de recherche entre Cohere et Mila sur l'évaluation des modèles en français québécois. Celle du 9 juin 2026 lie le gouvernement du Québec à Cohere sur l'intégration de l'IA dans la fonction publique.
En quoi cela touche-t-il la souveraineté numérique ?
Le protocole vise à réduire la dépendance de l'État aux fournisseurs étrangers en dialoguant avec une entreprise canadienne arrimée à l'écosystème québécois, sur des enjeux d'hébergement des données, de conformité et d'adaptation au français.
Sources
- Cabinet de la ministre de la Cybersécurité et du Numérique, « Québec s'associe avec Cohere pour rendre l'État plus efficace », 9 juin 2026 : https://www.newswire.ca/fr/news-releases/intelligence-artificielle-quebec-s-associe-avec-cohere-pour-rendre-l-etat-plus-efficace-829738313.html
- La Presse, « Québec demande à Cohere de rendre la fonction publique plus efficace », 9 juin 2026 : https://www.lapresse.ca/affaires/techno/2026-06-09/intelligence-artificielle/quebec-demande-a-cohere-de-rendre-la-fonction-publique-plus-efficace.php
- Gouvernement du Québec, Portrait de l'industrie de l'intelligence artificielle : https://www.quebec.ca/gouvernement/ministeres-organismes/economie/publications/portraits-industries/technologies-information-communications/intelligence-artificielle
- Commission d'accès à l'information du Québec, principes pour le développement et l'utilisation de l'IA générative : https://www.cai.gouv.qc.ca/actualites/devoilement-principes-developpement-et-utilisation-intelligence-artificielle-ia-generative
- Mila, Institut québécois d'intelligence artificielle : https://mila.quebec/fr



