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Gouvernance
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Banc d'essai souverain : le Québec confie à l'Université Laval le test de l'IA dans ses services publics

Le ministère de la Cybersécurité et du Numérique investit 2,1 M$ sur deux ans pour qu'un banc d'essai sécurisé et souverain, opéré par l'Institut intelligence et données, teste les usages de l'IA dans l'État québécois.

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Florian Brobst
Fondateur & Directeur · 24 août 2026

Un banc d'essai souverain est un environnement technique contrôlé, hébergé sous juridiction locale, où une organisation teste des systèmes d'intelligence artificielle (IA) avant de les déployer auprès du public. Le 21 août 2026, le gouvernement du Québec et l'Université Laval ont annoncé la création d'un tel dispositif pour l'administration publique québécoise, financé à hauteur de 2,1 millions de dollars sur deux ans, avec une option d'un million supplémentaire pour une troisième année.

Que prévoit exactement l'entente du 21 août 2026 ?

L'entente lie le ministère de la Cybersécurité et du Numérique (MCN) à l'Institut intelligence et données (IID) de l'Université Laval. Selon le communiqué de l'établissement, l'expertise de l'IID sera mobilisée pour mettre sur pied un banc d'essai « sécurisé et souverain » permettant à des équipes du secteur public et à des chercheuses et chercheurs universitaires de tester des cas d'usage concrets de l'IA.

L'objectif affiché tient en trois volets : réunir les conditions de succès d'une adoption responsable, renforcer les capacités internes de l'État et explorer le potentiel de l'IA sur l'efficacité gouvernementale, la modernisation des services numériques et la souveraineté numérique du Québec.

Le montage financier reste modeste au regard des chantiers numériques gouvernementaux, mais il déplace un curseur important : celui du lieu où l'expérimentation a droit d'échouer. Un banc d'essai est précisément conçu pour que l'erreur survienne hors production, avant que des citoyens en subissent les conséquences.

Pourquoi cette annonce arrive-t-elle maintenant ?

Le contexte budgétaire n'est pas anodin. Le même jour, La Presse rapportait que le gouvernement caquiste comptait sur le virage numérique et l'IA pour contribuer à l'équilibre budgétaire. France-Élaine Duranceau cumule depuis avril 2026 la présidence du Conseil du trésor, la responsabilité de l'Administration gouvernementale et de l'Efficacité de l'État, et le ministère de la Cybersécurité et du Numérique. Cette concentration des mandats rend explicite le lien entre adoption de l'IA et recherche d'économies.

Le rythme d'adoption, lui, est déjà rapide. Le Portrait des utilisations de l'intelligence artificielle dans l'administration publique, publié le 2 mars 2026, faisait état d'une croissance de plus de 50 % du nombre d'initiatives en IA entre 2024 et 2025, dont 61 touchant directement la prestation de services à la population. La santé, l'éducation et les ressources naturelles arrivent en tête.

Quelles balises encadrent déjà l'IA dans l'État québécois ?

Le banc d'essai ne s'installe pas dans un vide normatif. Quatre instruments structurent aujourd'hui l'usage de l'IA par les organismes publics québécois :

  1. L'arrêté ministériel 2024-01, adopté le 28 février 2024, qui oblige les organismes assujettis à déclarer annuellement au dirigeant principal de l'information tout actif informationnel, projet ou initiative en IA.
  2. L'arrêté ministériel 2025-02, daté du 3 décembre 2025, qui fixe un énoncé de principes pour une utilisation responsable de l'IA dans le secteur public.
  3. L'indication d'application IA-RI-2025-003-OP, en vigueur depuis le 5 décembre 2025, qui précise les mesures applicables à l'IA générative, incluant des interdictions ciblées comme celle des assistants DeepSeek.
  4. L'article 65.2 de la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics, issu de la Loi 25, qui impose d'informer une personne lorsqu'une décision la concernant repose exclusivement sur un traitement automatisé, et de lui communiquer sur demande les renseignements, motifs et principaux paramètres ayant mené à cette décision.

Autrement dit, le Québec dispose d'un socle de déclaration et de transparence. Ce qui manquait était un lieu d'essai contrôlé, distinct des environnements de production, où mesurer la performance réelle d'un système avant qu'il ne touche un dossier citoyen.

Quels sont les angles morts à surveiller ?

Trois questions restent ouvertes à ce stade.

D'abord, la gouvernance du banc d'essai lui-même. Le communiqué ne précise pas quels critères détermineront qu'un cas d'usage a réussi son passage, ni qui arbitrera les désaccords entre l'exigence de rapidité ministérielle et la prudence méthodologique universitaire.

Ensuite, la définition opérationnelle de « souverain ». Le Québec s'est doté de quatre centres de données et a sollicité des fournisseurs comme le canadien Cohere et le français Mistral, tout en obtenant 30 000 licences d'outils Microsoft incluant Copilot. La souveraineté du banc d'essai devra être qualifiée précisément : localisation des données, contrôle des poids de modèles, dépendance aux fournisseurs étrangers.

Enfin, la publicité des résultats. En juillet 2026, Québec a écarté plusieurs projets d'IA et d'automatisation dans la fonction publique. Si les essais menés à l'IID mènent à des abandons, la valeur démocratique de l'exercice tiendra à la publication des raisons, pas seulement des succès.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'Institut intelligence et données ? L'Institut intelligence et données (IID) est le pôle de recherche en intelligence artificielle et en science des données de l'Université Laval. Il regroupe des équipes de plusieurs facultés et a reçu en avril 2026 un financement de 2 M$ destiné à consolider un pôle d'expertise régional en IA dans la région de Québec.

Le banc d'essai remplace-t-il les obligations légales existantes ? Non. Les obligations de déclaration annuelle prévues par l'arrêté 2024-01 et le devoir de transparence sur les décisions automatisées issu de la Loi 25 demeurent en vigueur. Le banc d'essai est un outil de validation technique préalable, pas un substitut au cadre juridique applicable aux organismes publics.

Quels usages seront testés en priorité ? Le communiqué évoque des cas d'usage concrets liés à l'efficacité de l'État, à la modernisation des services numériques et à la souveraineté numérique, sans en publier la liste. Les secteurs les plus actifs en IA dans l'administration québécoise sont actuellement la santé, l'éducation et les ressources naturelles.

Les citoyens auront-ils accès aux résultats des essais ? Aucun mécanisme de diffusion publique des résultats n'est annoncé à ce jour. Le gouvernement publie déjà un portrait annuel des utilisations de l'IA dans l'administration publique, jeu de données accessible sur Données Québec, qui pourrait servir de véhicule à cette reddition de comptes.

Sources

  • Université Laval, « Le gouvernement du Québec et l'Université Laval s'allient pour accélérer l'expérimentation responsable de l'IA dans les services publics », 21 août 2026 : https://nouvelles.ulaval.ca/2026/08/21/le-gouvernement-du-quebec-et-luniversite-laval-sallient-pour-accelerer-lexperimentation-responsable-de-lia-dans-les-services-publics-7e97aa63-6fe1-40b4-86be-3072ff3c0b79
  • Gouvernement du Québec, « Utilisation responsable de l'intelligence artificielle » : https://www.quebec.ca/gouvernement/numerique/intelligence-artificielle-administration-publique/utilisation-responsable-intelligence-artificielle
  • Gouvernement du Québec, « Portrait des utilisations de l'intelligence artificielle dans l'administration publique » : https://www.quebec.ca/gouvernement/numerique/intelligence-artificielle-administration-publique/portrait
  • Gouvernement du Québec, « Décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé » : https://www.quebec.ca/gouvernement/travailler-gouvernement/travailler-fonction-publique/services-employes-etat/conformite/protection-des-renseignements-personnels/technologie-et-droit-a-la-protection-des-renseignements-personnels/decision-traitement-automatise
  • Gouvernement du Québec, « Stratégie d'intégration de l'intelligence artificielle dans l'administration publique 2021-2026 » : https://www.quebec.ca/gouvernement/politiques-orientations/strategie-integration-ia-administration-publique-2021-2026
  • La Presse, « Virage numérique à Québec : la CAQ misera sur l'IA pour équilibrer le budget », 21 août 2026 : https://www.lapresse.ca/affaires/techno/2026-08-21/virage-numerique-a-quebec/la-caq-misera-sur-l-ia-pour-equilibrer-le-budget.php

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Florian Brobst
Fondateur & Directeur

Spécialiste en gouvernance de l’intelligence artificielle, Florian accompagne les organisations dans la mise en place de cadres de gouvernance responsables et conformes aux réglementations émergentes.

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