Un partenariat bilatéral sur la sécurité de l'intelligence artificielle (IA) est une entente entre deux gouvernements pour évaluer ensemble les risques des modèles les plus avancés, partager leurs constats et harmoniser leurs normes. Le 13 octobre 2026, à Londres, le Canada et le Royaume-Uni ont renouvelé celui qui lie leurs instituts nationaux depuis mai 2024. L'annonce a été faite lors de la visite d'Evan Solomon, ministre de l'Intelligence artificielle et de l'Innovation numérique.
Que contient le partenariat renouvelé ?
Selon la déclaration commune relayée par le gouvernement britannique et par Innovation, Sciences et Développement économique Canada (ISDE), l'entente vise à renforcer la capacité des deux pays à « cerner et atténuer les risques émergents » posés par les systèmes de pointe. Elle repose sur l'Institut canadien de la sécurité de l'intelligence artificielle (ICSIA) et sur l'AI Security Institute (AISI) britannique.
Les engagements se regroupent en cinq axes :
- Échanges techniques réguliers sur les capacités de l'IA de pointe, les risques émergents, les méthodes d'évaluation et les pratiques exemplaires.
- Évaluations coordonnées de modèles, avec la possibilité d'échanges de personnel entre les deux instituts.
- Partage d'information approfondi, y compris par les canaux du Groupe des cinq (Five Eyes) pour les signalements sensibles.
- Normes interopérables de sécurité de l'IA, afin de faciliter leur reconnaissance mutuelle, et désignation de domaines prioritaires pour des normes internationales communes.
- Résilience de la société face aux usages malveillants ou aux défaillances des systèmes avancés.
Le texte prolonge le partenariat sur la science de la sécurité de l'IA annoncé en mai 2024 et le Partenariat en matière de croissance et d'innovation conclu entre les deux pays en 2025.
Pourquoi ce renouvellement compte-t-il pour le Canada ?
Le Canada dispose de moyens modestes pour évaluer seul les modèles de pointe. Lancé à Montréal le 12 novembre 2024, l'ICSIA a reçu un budget initial de 50 millions de dollars sur cinq ans, selon ISDE.
Le partenariat donne donc à Ottawa un accès à une expertise d'évaluation qu'il ne pourrait pas bâtir rapidement. La collaboration a déjà produit des résultats concrets : le 30 juillet 2025, l'ICSIA s'est engagé, par l'intermédiaire de l'Institut canadien de recherches avancées (CIFAR), à verser 1 million de dollars à l'Alignment Project de l'AISI. Ce fonds international finance la recherche sur l'alignement, c'est-à-dire la conformité du comportement des modèles aux intentions humaines.
Le renouvellement s'inscrit aussi dans une séquence diplomatique chargée. Le premier ministre Mark Carney a signé l'Appel au contrôle des modèles d'IA de pointe lancé à l'Assemblée générale de l'ONU le 21 septembre 2026, et a créé début octobre un Conseil national sur l'IA.
Quels effets concrets pour le Québec ?
Le Québec est directement concerné par le volet recherche. Le programme de recherche de l'ICSIA, financé par une contribution fédérale de 27 millions de dollars au CIFAR, associe les trois instituts nationaux d'IA, dont Mila à Montréal. Des évaluations coordonnées avec Londres pourraient mobiliser des équipes québécoises et ouvrir des échanges de chercheurs.
Pour les organisations, l'enjeu principal est normatif. Si Ottawa et Londres s'entendent sur des normes interopérables d'évaluation, ces référentiels deviendront des repères pour les entreprises qui achètent ou déploient des modèles de pointe. Ils pourraient aussi inspirer les régulateurs sectoriels : le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) a récemment fait de l'IA de pointe un risque prioritaire.
Le calendrier québécois ajoute une incertitude. Le gouvernement péquiste minoritaire doit dévoiler son conseil des ministres le 21 octobre 2026, et le Parti québécois a promis en campagne un comité d'experts sur l'IA. Le ministre responsable du numérique devra arrimer ces travaux aux normes fédérales et internationales.
Quelle est la prochaine échéance ?
Le prochain rendez-vous se tient à Montréal. Les 29 et 30 octobre 2026, Mark Carney accueillera António Costa, président du Conseil européen, et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, pour le sommet des dirigeants Canada-Union européenne. Selon un document de travail rapporté par La Presse Canadienne le 15 octobre, le projet de déclaration prévoit d'harmoniser les cadres réglementaires émergents en matière numérique et d'IA.
Après Londres, M. Solomon s'est rendu à Dublin, où se tenait le Sommet international sur l'IA du 14 octobre 2026. Le Canada cherche ainsi à se positionner comme pont entre l'approche britannique, centrée sur l'évaluation technique, et l'approche européenne, fondée sur la législation (AI Act).
Questions fréquentes
Le partenariat crée-t-il de nouvelles obligations pour les entreprises québécoises ?
Non. Il s'agit d'une entente de coopération entre gouvernements, sans force contraignante pour le secteur privé. Son effet est indirect : les normes d'évaluation qui en découleront pourront être reprises dans des lignes directrices sectorielles, des exigences d'approvisionnement public ou de futurs cadres législatifs au Canada et au Québec.
Qu'est-ce que l'ICSIA ?
L'Institut canadien de la sécurité de l'intelligence artificielle est l'organisme fédéral chargé d'étudier les risques des systèmes d'IA avancés. Lancé le 12 novembre 2024 avec un budget de 50 millions de dollars sur cinq ans, il combine des projets de recherche gérés par le CIFAR et des travaux dirigés par le Conseil national de recherches du Canada (CNRC).
Que signifie le recours aux canaux du Groupe des cinq ?
Le Groupe des cinq réunit les services de renseignement de l'Australie, du Canada, des États-Unis, de la Nouvelle-Zélande et du Royaume-Uni. Utiliser ces canaux permet d'échanger de façon sécurisée des signalements sensibles, par exemple sur l'usage malveillant d'un modèle en cybersécurité, sans les rendre publics.
Le Québec peut-il participer directement aux évaluations ?
Pas à titre de gouvernement : l'entente lie Ottawa et Londres. En revanche, les chercheurs québécois y contribuent par le programme de recherche de l'ICSIA, auquel Mila est associé. Le gouvernement du Québec peut aussi s'appuyer sur les résultats publiés pour encadrer l'usage de l'IA dans l'administration publique.
Sources
- UK-Canada renewed AI security partnership (gouvernement du Royaume-Uni, relayé par Wired-Gov, 14 octobre 2026)
- Canada and the United Kingdom Renew Their Partnership on Artificial Intelligence Security (ISDE, 13 octobre 2026)
- Le ministre Solomon conclut une visite productive au Royaume-Uni et en Irlande (ISDE, octobre 2026)
- Le Canada lance l'Institut canadien de la sécurité de l'intelligence artificielle (ISDE, 12 novembre 2024)
- Le gouvernement du Canada conclut un partenariat avec le Royaume-Uni pour investir dans la recherche sur l'alignement (ISDE, juillet 2025)
- Sommet UE-Canada, 29 et 30 octobre 2026 (Conseil de l'Union européenne)
- Un document révèle les grandes lignes d'un rapprochement Canada-UE (Le Droit, 15 octobre 2026)






