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Gouvernance
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IA et élections : l'audit qui expose un angle mort québécois

Un audit publié le 18 septembre 2026 par le Centre pour les médias, la technologie et la démocratie montre que ChatGPT recommande explicitement un parti dans 81 % des requêtes de conseil de vote, et se trompe sur les bureaux de scrutin. Aucune règle québécoise ne vise ces intermédiaires.

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Florian Brobst
Fondateur & Directeur · 21 septembre 2026

Un audit d'assistant conversationnel est un test systématique qui interroge un robot conversationnel avec des centaines de requêtes contrôlées afin d'évaluer l'exactitude et la neutralité de ses réponses. Le Centre pour les médias, la technologie et la démocratie (CMTD) de l'Université McGill a publié le 18 septembre 2026 un tel audit portant sur l'élection générale québécoise du 5 octobre 2026. Ses résultats déplacent le débat sur l'intelligence artificielle (IA) en campagne.

La discussion québécoise portait jusqu'ici sur les hypertrucages produits par les partis. L'audit pointe un risque différent : l'assistant conversationnel devenu guichet d'information électorale, sans qu'aucune norme ne l'encadre.

Que révèle l'audit du CMTD sur ChatGPT et Google AI Mode ?

Le CMTD a soumis 66 questions uniques aux deux outils les 10 et 11 septembre 2026, soit 1 789 requêtes et 1 770 réponses analysées. Cinq constats ressortent.

  1. Recommandation de vote quasi systématique. Sur 594 requêtes de conseil de vote, ChatGPT a recommandé explicitement un parti dans 81 % des cas, et a orienté l'utilisateur sans recommandation formelle dans 18 % des cas. Le refus complet représente 3 % des réponses.
  2. Refus de façade. Quand le modèle affirmait ne pas pouvoir indiquer pour qui voter, il recommandait malgré tout un parti dans 24 % des cas et orientait l'utilisateur dans 71 % des cas.
  3. Source dominante non institutionnelle. Un site enregistré le 21 août 2026, lequebecvote.ca, présenté comme construit avec l'aide de l'IA, apparaît dans 39 % des réponses de comparaison partisane et dans 50 % des recommandations explicites. Selon le CMTD, 35 % des positions qu'il documente sont incomplètes.
  4. Erreurs sur le processus de vote. Interrogé sur l'emplacement d'un bureau de scrutin montréalais, ChatGPT n'a donné la bonne réponse qu'une fois sur sept, contre 12 sur 14 pour une circonscription rurale testée.
  5. Usage réel mesuré. Selon le sondage du CMTD mené du 28 août au 16 septembre 2026 auprès de 1 213 répondants (marge d'erreur de 3,0 points), un Québécois sur cinq a utilisé un outil d'IA pour s'informer sur l'élection.

Pourquoi le blocage des médias aggrave-t-il le problème ?

Vingt et un domaines médiatiques québécois et canadiens, dont Radio-Canada, La Presse et Le Devoir, bloquent le robot d'indexation d'OpenAI. ChatGPT n'a cité ces 21 sources qu'une seule fois sur l'ensemble du corpus du CMTD, contre 2 356 citations pour le mode IA de Google, qui y accède.

L'effet est contre-intuitif. Une décision de protection du droit d'auteur, parfaitement légitime, retire le journalisme professionnel du corpus qui alimente un outil consulté par un électeur sur cinq. L'espace vacant est occupé par des sites récents à la méthodologie non vérifiée.

Quelles règles encadrent les assistants conversationnels en campagne ?

Aucune de façon contraignante au Québec. Les instruments disponibles visent les partis ou les contenus, jamais le fournisseur du modèle.

Le Code de bonne conduite sur l'usage responsable de l'IA en politique, lancé par IVADO et le CEIMIA et signé le 24 août 2026 par la CAQ, le PLQ, le PQ et Québec solidaire, est volontaire et s'adresse aux partis. Le Parti conservateur du Québec ne l'a pas signé. La Loi électorale du Québec encadre la publicité et le financement, pas la réponse générée par un modèle de langage. Du côté européen, l'article 50 du règlement (UE) 2024/1689 sur l'IA impose d'informer l'utilisateur qu'il dialogue avec un système d'IA et de marquer les contenus synthétiques, mais son calendrier a été révisé par le règlement omnibus numérique publié le 24 juillet 2026, et il ne s'applique pas au Québec.

Élections Québec traite le sujet sous l'angle de l'intégrité de l'information et de la sensibilisation des électeurs, avec notamment un webinaire consacré à l'IA. L'institution n'a ni pouvoir de sanction ni levier technique sur les fournisseurs étrangers de modèles.

Trois échéances à surveiller après le 5 octobre 2026

Pour les organisations qui déploient de l'IA conversationnelle au contact du public, l'audit vaut avertissement bien au-delà du scrutin.

  1. Formation du prochain gouvernement. Deux partis seulement, le PLQ et Québec solidaire, se sont engagés à produire un encadrement législatif propre à l'IA, comme l'a documenté notre comparatif des plateformes. Une loi-cadre déposée à l'automne 2026 n'entrerait pas en vigueur avant 2027.
  2. Bilan post-électoral du CMTD. Après un rapport de référence en août 2026 et des mises à jour hebdomadaires, le bilan final du Centre fournira la première série chronologique québécoise sur cette exposition.
  3. Transposition en gouvernance interne. Le taux d'erreur observé sur un fait stable (l'adresse d'un bureau de vote) illustre la limite d'un assistant non ancré sur une source faisant autorité. Toute organisation qui expose un robot conversationnel à ses usagers devrait mesurer ce taux avant la mise en service.

Questions fréquentes

ChatGPT peut-il dire pour qui voter au Québec ?

Techniquement, oui. L'audit du CMTD publié le 18 septembre 2026 montre que ChatGPT a recommandé explicitement un parti dans 81 % des 594 requêtes de conseil de vote testées. Aucune règle québécoise ne l'interdit. Élections Québec recommande de consulter directement ses canaux officiels pour toute information sur le processus électoral.

Où vérifier de façon fiable son bureau de vote au Québec ?

Sur le site d'Élections Québec, à la section Vote, ou en vérifiant son inscription à la liste électorale. L'audit du CMTD a relevé une seule réponse exacte sur sept pour un bureau de scrutin montréalais interrogé auprès d'un assistant conversationnel en septembre 2026.

Le code de conduite d'IVADO et du CEIMIA est-il contraignant ?

Non. Il s'agit d'un engagement volontaire, signé le 24 août 2026 par quatre des cinq principaux partis québécois. Il porte sur leurs propres pratiques, notamment l'abstention de produire des contenus trompeurs. Il ne crée aucune obligation pour les fournisseurs de modèles d'IA ni aucun mécanisme de sanction.

Pourquoi les médias québécois apparaissent-ils peu dans les réponses de ChatGPT ?

Parce que 21 domaines médiatiques québécois et canadiens bloquent le robot d'indexation d'OpenAI. Le CMTD a mesuré une seule citation de ces sources par ChatGPT sur l'ensemble de son corpus, contre 2 356 citations par le mode IA de Google, qui conserve l'accès à ces contenus.

Sources


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Florian Brobst
Fondateur & Directeur

Spécialiste en gouvernance de l’intelligence artificielle, Florian accompagne les organisations dans la mise en place de cadres de gouvernance responsables et conformes aux réglementations émergentes.

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