La requalification de la main-d'œuvre face à l'intelligence artificielle (IA) désigne l'ensemble des mesures publiques permettant aux travailleurs dont les tâches sont transformées par l'automatisation d'acquérir de nouvelles compétences. Le 10 septembre 2026, en pleine campagne électorale québécoise, la Coalition avenir Québec (CAQ) a promis 400 millions de dollars sur quatre ans pour former environ 25 000 personnes, assortis d'un mécanisme de suivi des effets de l'IA sur le marché du travail.
L'annonce, faite par la cheffe caquiste Christine Fréchette chez Canam-Pont, à Québec, lie deux chocs : l'IA et la guerre commerciale avec les États-Unis. Il s'agit d'un engagement électoral, pas d'une décision gouvernementale : l'Assemblée nationale est dissoute depuis le 27 août 2026 et rien n'entrera en vigueur avant la formation du gouvernement issu du scrutin du 5 octobre 2026. Pour la gouvernance de l'IA, l'élément structurant est le mécanisme de suivi, qui reprend une recommandation de 2021 de la Commission de l'éthique en science et en technologie (CEST).
Quelles sont les quatre mesures annoncées par la CAQ ?
L'engagement du 10 septembre 2026 comporte quatre volets :
- Formation de courte durée : 400 M$ de plus sur quatre ans pour requalifier environ 25 000 travailleurs vers des secteurs en pénurie de main-d'œuvre.
- Mécanisme de suivi des effets de l'IA sur le marché du travail, inspiré d'une recommandation de la CEST.
- Modernisation de la « loi du 1 % », qui encadre les obligations de formation des employeurs.
- Arrimage du Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) à des secteurs stratégiques, dont la défense, les minéraux critiques et les technologies de l'information.
Ni la structure du mécanisme de suivi ni la nature des changements à la loi du 1 % n'ont été précisées lors de l'annonce.
Pourquoi un mécanisme de suivi de l'IA sur l'emploi ?
La CEST, organisme consultatif du gouvernement du Québec, a publié le 12 juillet 2021 l'avis « Les effets de l'intelligence artificielle sur le monde du travail et la justice sociale », assorti de 11 recommandations. L'une d'elles demande au gouvernement de collaborer avec l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) pour mesurer les effets de l'IA sur le travail et sur les personnes vulnérables.
L'enjeu est considérable. Selon l'ISQ (février 2026), 59 % de la main-d'œuvre québécoise, soit environ 2,7 millions de personnes, occupait en 2024 un emploi hautement exposé à l'IA. L'exposition atteint 71 % chez les femmes contre 49 % chez les hommes. Une exposition élevée ne signifie pas une perte d'emploi : elle indique une transformation probable des tâches, que l'IA peut compléter ou remplacer.
Que disent les données sur l'effet réel de l'IA sur l'emploi ?
Statistique Canada estimait le 3 septembre 2024 qu'en mai 2021, 31 % des employés canadiens occupaient un emploi très exposé et peu complémentaire à l'IA, donc plus susceptible d'être substitué, contre 29 % dans un emploi très exposé mais complémentaire et 40 % dans un emploi peu exposé.
Une étude de Statistique Canada publiée le 28 janvier 2026 ne relève pourtant aucun écart significatif de croissance de l'emploi entre ces catégories, de novembre 2022 à décembre 2025. Un signal ressort : chez les jeunes professionnels de la programmation, l'emploi a stagné, alors qu'il progressait d'environ 30 % chez les 30 à 49 ans. L'Institut du Québec estimait en janvier 2025 que 810 000 personnes (18 % de la main-d'œuvre québécoise) occupent un poste vulnérable à l'automatisation sans possibilité de requalification rapide.
Comment les autres partis abordent-ils la formation face à l'IA ?
Selon une compilation publiée le 8 septembre 2026 par Mon Carnet, les autres partis chiffrent peu leurs engagements. Le Parti québécois (PQ) propose d'accompagner les travailleurs touchés et un plan national de littératie numérique. Le Parti libéral du Québec (PLQ) promet des investissements en formation continue, sans cadre financier publié. Québec solidaire (QS) insiste sur la formation technologique et l'esprit critique en éducation. Le Parti conservateur du Québec (PCQ) aborde surtout l'IA sous l'angle des économies administratives. Les positions sur l'encadrement de l'IA dans l'État sont comparées dans une analyse du 4 septembre 2026.
Quelles obligations s'appliquent déjà aux employeurs québécois ?
Quel que soit le résultat du scrutin, la Loi favorisant le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d'œuvre, dite « loi du 1 % », reste en vigueur. Tout employeur dont la masse salariale dépasse 2 millions de dollars doit consacrer au moins 1 % de celle-ci à la formation de son personnel, sinon verser l'écart au Fonds de développement et de reconnaissance des compétences de la main-d'œuvre, selon la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT).
Lorsqu'un outil d'IA rend une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé à l'égard d'un employé ou d'un candidat, l'article 12.1 de la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé impose d'en informer la personne. Les enjeux de la gestion algorithmique du travail prolongent cette obligation. Prochaine échéance : la formation du gouvernement après le 5 octobre 2026 déterminera si le suivi recommandé par la CEST voit le jour.
Questions fréquentes
Combien la CAQ promet-elle pour former les travailleurs face à l'IA ?
La Coalition avenir Québec a promis le 10 septembre 2026 une bonification de 400 millions de dollars sur quatre ans de la formation professionnelle de courte durée. L'objectif est de requalifier environ 25 000 travailleurs touchés par l'IA et la guerre commerciale. Il s'agit d'un engagement électoral, conditionnel à la réélection du parti le 5 octobre 2026.
Quelle part des emplois québécois est exposée à l'IA ?
Selon l'Institut de la statistique du Québec, 59 % de la main-d'œuvre québécoise, soit environ 2,7 millions de personnes, occupait en 2024 un emploi hautement exposé à l'IA. Les femmes (71 %) sont nettement plus exposées que les hommes (49 %). Une forte exposition signale une transformation probable des tâches, pas nécessairement une perte d'emploi.
Qui a recommandé un suivi des effets de l'IA sur le travail au Québec ?
La Commission de l'éthique en science et en technologie a formulé cette recommandation dans un avis publié le 12 juillet 2021 sur les effets de l'IA sur le travail et la justice sociale. Elle y demande au gouvernement de collaborer avec l'Institut de la statistique du Québec pour mesurer les effets de l'IA sur l'emploi et sur les personnes vulnérables.
Sources
- Les effets de l'intelligence artificielle sur le monde du travail et la justice sociale (Commission de l'éthique en science et en technologie, 12 juillet 2021)
- L'exposition potentielle des professions à l'intelligence artificielle en 2024 (Institut de la statistique du Québec, février 2026)
- Estimations expérimentales de l'exposition professionnelle potentielle à l'IA au Canada (Statistique Canada, Le Quotidien, 3 septembre 2024)
- Tendances de l'emploi au Canada à l'ère de l'intelligence artificielle générative : premiers résultats (Statistique Canada, 28 janvier 2026)
- À propos de la loi sur les compétences (Commission des partenaires du marché du travail)
- Répercussions de l'automatisation et de l'IA sur la main-d'œuvre au Québec (Institut du Québec, 15 janvier 2025)
- Fréchette promet 400 M$ pour former les travailleurs face à l'IA (Actualité politique du Québec, 10 septembre 2026)
- Jour 16 : la CAQ veut requalifier les travailleurs pour faire face à la guerre commerciale (Les Affaires, septembre 2026)
- Élections 2026 : les propositions numériques se précisent dans la campagne (Mon Carnet, 8 septembre 2026)






