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IA et élections 2026 : le premier bilan de l'Obvia en 4 constats

Publiée le 28 septembre 2026, la note de breffage de l'Obvia conclut qu'aucun incident majeur lié à l'IA n'a marqué la première moitié de la campagne québécoise. Elle relève toutefois trois angles morts et propose quatre chantiers aux acteurs publics.

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Florian Brobst
Fondateur & Directeur · 1 octobre 2026

La note de breffage « IA et l'élection générale de 2026 au Québec : un premier bilan » est une analyse publiée le 28 septembre 2026 par l'Obvia, l'Observatoire international sur les impacts sociétaux de l'intelligence artificielle (IA) et du numérique. Rédigée par Philippe Dubois, professeur adjoint à l'École nationale d'administration publique (ENAP), elle conclut qu'à mi-campagne, les risques anticipés ne se sont manifestés que de manière anecdotique.

Le scrutin du 5 octobre 2026 clôt la première campagne générale québécoise tenue à l'ère de l'IA générative. Rédigée le 17 septembre 2026, la note de l'Obvia couvre la période préélectorale et le début de la campagne officielle, déclenchée le 27 août 2026. Son verdict rassurant s'accompagne d'une mise en garde : l'absence de dérapages observés ne prouve pas leur inexistence.

Quels sont les 4 constats de l'Obvia à mi-campagne ?

  1. Un climat propice aux désordres informationnels. Selon un sondage de l'Observatoire de l'écosystème médiatique rendu public en début de campagne, 63 % des Québécois se disaient très ou extrêmement préoccupés par les contenus trompeurs générés par l'IA, contre 53 % pour la désinformation en général. L'enquête NETendances 2025 de l'Académie de la transformation numérique situe la crainte des fausses nouvelles à 55 % chez les utilisateurs d'IA et à 59 % chez les non-utilisateurs.
  2. Aucun incident majeur recensé. Ni les veilles hebdomadaires de l'Observatoire de l'écosystème médiatique ni les médias n'ont relevé de dérapage important. Les usages observés relèvent surtout de la satire. Radio-Canada rapportait le 6 septembre 2026 qu'un hypertrucage montrant Christine Fréchette embrassant Mark Carney avait dépassé 125 000 vues sur Facebook.
  3. Des partis prudents. Les principales formations n'ont pas intégré l'IA générative à leurs opérations de manière visible. Quatre des cinq principaux partis ont adhéré au code de bonne conduite d'IVADO et du CEIMIA. Le Parti conservateur du Québec s'est abstenu, tout en s'engageant à un usage responsable.
  4. Un effet diffus plutôt que spectaculaire. Selon la note, l'effet de l'IA sur cette élection tient moins à l'incident isolé qu'à une transformation du rapport à l'information. Un audit du Centre pour les médias, la technologie et la démocratie publié le 18 septembre 2026 mesurait qu'un Québécois sur cinq avait utilisé un outil d'IA pour s'informer sur l'élection.

Quels angles morts limitent ce bilan rassurant ?

L'Obvia identifie trois limites à son propre constat.

  1. Le « social obscur ». Les échanges en ligne migrent vers des canaux privés ou fermés (messageries, groupes restreints) qui échappent aux outils de mesure et aux observateurs.
  2. La normalisation de l'IA générative. Son adoption massive dans la population pourrait rendre son emploi « moins risqué » pour les partis lors des prochaines campagnes.
  3. Des pratiques citoyennes méconnues. L'électeur ne se limite pas à recevoir des contenus : il en crée, en sélectionne et en diffuse.

Ce troisième angle mort rejoint l'analyse publiée le 24 septembre 2026 dans La Conversation par Catherine Régis et Amélie Côté, de l'Université de Montréal. Les deux autrices n'ont relevé aucun usage trompeur de l'IA sur les comptes officiels des partis. Les contenus synthétiques en circulation provenaient de citoyens non affiliés, et les femmes candidates semblaient visées de façon disproportionnée par des hypertrucages dégradants.

Que prévoit la Loi électorale contre les fausses informations générées par IA ?

Le scrutin de 2026 est le premier tenu sous le régime du projet de loi 98, sanctionné le 30 mai 2025 (L.Q. 2025, chapitre 15). Depuis juillet 2026, la diffusion volontaire de fausses informations dans l'intention d'influencer les résultats, de perturber le déroulement du vote ou de miner la confiance du public constitue une infraction. Représenter faussement le directeur général des élections ou un candidat est aussi visé.

Selon le communiqué d'Élections Québec du 2 juin 2025, l'amende va de 1 000 $ à 10 000 $ pour un individu et de 5 000 $ à 30 000 $ pour une entreprise ou une organisation.

Le dispositif comporte une limite, soulignée par Élections Québec et par la Commission de l'éthique en science et en technologie (CEST) : aucun mécanisme ne permet le retrait rapide d'un contenu problématique. Dans son avis du 21 mai 2026, qui recense 9 risques et formule 21 recommandations, la CEST propose une procédure légale facilitant le retrait des hypertrucages non consensuels de personnes candidates en période électorale.

Les 4 chantiers proposés aux acteurs publics après le 5 octobre 2026

La note de l'Obvia se termine par quatre rôles que peuvent jouer les acteurs publics.

  1. Sensibiliser les personnes candidates et militantes aux effets des contenus politiques générés par l'IA et à leur responsabilité dans la qualité du débat public.
  2. Informer les électeurs par des campagnes sur la désinformation, la mésinformation et la malinformation favorisées par l'IA générative.
  3. Renforcer le cadre législatif afin de donner à Élections Québec davantage de moyens de veille et d'intervention ciblée.
  4. Accroître la transparence des partis et des tiers enregistrés sur leur utilisation de l'IA générative, y compris en communication partisane.

La prochaine étape est empirique : selon l'Obvia, seules des analyses postélectorales permettront de mesurer l'étendue et les effets réels du phénomène.

Questions fréquentes

L'IA a-t-elle perturbé la campagne électorale québécoise de 2026 ?

Pas de façon majeure à mi-campagne, selon la note de breffage publiée par l'Obvia le 28 septembre 2026. Les usages recensés relevaient surtout de la satire et de l'anecdote. L'auteur, Philippe Dubois (ENAP), précise que ce constat reste provisoire et que seules des analyses postélectorales permettront de le confirmer.

Diffuser un hypertrucage d'un candidat est-il illégal au Québec ?

Cela peut l'être. Depuis juillet 2026, la Loi électorale sanctionne la diffusion volontaire de fausses informations visant à influencer une élection, ainsi que la fausse représentation d'un candidat. L'amende va de 1 000 $ à 10 000 $ pour un individu, selon Élections Québec. L'intention d'influencer le scrutin doit être démontrée.

Qu'est-ce que le « social obscur » en contexte électoral ?

Le « social obscur » (dark social) désigne la circulation de contenus par des canaux privés ou fermés, comme les messageries et les groupes restreints. Selon la note de l'Obvia de septembre 2026, ces échanges échappent aux outils de mesure et aux observateurs, ce qui limite la détection des contenus trompeurs générés par l'IA.

Sources


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Florian Brobst
Fondateur & Directeur

Spécialiste en gouvernance de l’intelligence artificielle, Florian accompagne les organisations dans la mise en place de cadres de gouvernance responsables et conformes aux réglementations émergentes.

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