L'Initiative nationale de littératie en intelligence artificielle (IA) est un programme fédéral de formation gratuite, doté de 13 millions de dollars, lancé le 9 septembre 2026 à Edmonton par Evan Solomon, ministre de l'Intelligence artificielle et de l'Innovation numérique. Confiée à l'Alberta Machine Intelligence Institute (Amii), elle vise jusqu'à un million d'étudiants du postsecondaire et plus de 50 000 éducateurs de la maternelle à la fin du secondaire. Son ouverture officielle est fixée au 21 septembre 2026.
L'initiative concrétise l'un des piliers de la Stratégie nationale d'IA du Canada, « L'IA pour tous », dévoilée le 4 juin 2026. Pour les organisations québécoises, elle soulève deux questions de gouvernance : comment une offre fédérale s'articule avec la compétence provinciale en éducation, et si une formation de trois heures suffit à répondre aux obligations de compétence qui se multiplient.
Que contient l'Initiative nationale de littératie en IA ?
Selon Innovation, Sciences et Développement économique Canada (ISDE), le programme repose sur trois volets :
- L'IA pour tous : l'essentiel pour les étudiants. Un cours gratuit de trois heures offert par les établissements postsecondaires membres d'un consortium piloté par Amii, ou en inscription directe.
- L'IA pour tous : l'essentiel pour les éducateurs. Une formation pratique pour le personnel de la maternelle au secondaire, dont le premier chapitre est accessible le 21 septembre 2026 et cinq chapitres supplémentaires sont prévus à l'automne.
- L'IA pour tous : l'essentiel pour les Canadiens. Un volet destiné au grand public, déployé par des partenaires communautaires et relayé par le Guichet-Emplois, dont Amii annonce le lancement pour le 4 décembre 2026.
Le gouvernement fédéral définit la littératie en IA autour de quatre capacités : comprendre les technologies d'IA, reconnaître leurs avantages, limites et risques, les utiliser de façon responsable, et les appliquer dans l'éducation, le travail et la vie quotidienne. Emploi et Développement social Canada est partenaire de l'annonce.
Pourquoi Ottawa investit-il dans la littératie en IA maintenant ?
Le point de départ est un retard mesuré. Selon l'étude de KPMG et de l'Université de Melbourne publiée en juin 2025, menée auprès de plus de 48 000 personnes dans 47 pays, le Canada se classe 44e sur 47 pour la formation et la littératie en IA. Moins du quart des Canadiens interrogés (24 %) déclaraient avoir reçu une formation en IA.
L'adoption progresse pourtant rapidement. Statistique Canada rapportait le 11 juin 2026 que 19,2 % des entreprises canadiennes avaient utilisé l'IA au cours des 12 mois précédents, soit trois fois plus qu'au deuxième trimestre de 2024 (6,1 %). Parmi elles, 32,0 % seulement avaient offert une formation en IA à leurs employés. L'écart entre usage et compétence est précisément ce que l'initiative cherche à combler.
Amii s'appuie sur un réseau existant : son consortium de préparation de la main-d'œuvre à l'IA regroupe 61 établissements postsecondaires représentant plus de 900 000 étudiants, selon l'annonce de l'institut.
Où se situe le Québec dans cette initiative ?
L'éducation relève des provinces en vertu de l'article 93 de la Loi constitutionnelle de 1867. L'initiative fédérale contourne cette contrainte par la participation volontaire : ce sont les établissements qui choisissent d'adhérer au consortium, et les éducateurs qui s'inscrivent individuellement. Aucune institution québécoise, aucun partenaire francophone du Québec ni aucun des deux autres instituts nationaux d'IA (Mila à Montréal, Vector à Toronto) n'est nommé dans les annonces du 9 septembre 2026.
La langue constitue un deuxième enjeu. ISDE indique que le cours étudiant est offert dans les deux langues officielles, mais Amii précise que la version bilingue sera disponible à partir du 29 septembre 2026, soit huit jours après l'ouverture officielle. Les cégeps et universités québécois qui souhaitent y adhérer devront vérifier la qualité de l'adaptation française avant de l'intégrer à leurs parcours.
Le Québec dispose déjà de ses propres référentiels. Le ministère de l'Éducation a mis à jour en 2026 son guide sur l'utilisation pédagogique, éthique et légale de l'IA générative destiné au personnel enseignant, qui confie aux organismes scolaires le choix des outils autorisés (analyse du guide de la rentrée 2026). Une formation fédérale généraliste ne remplace pas ces règles provinciales, notamment celles qui découlent de la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels.
Une formation de trois heures répond-elle aux obligations de compétence ?
Pour une organisation, la réponse est non, ou au mieux partiellement. Trois cadres imposent déjà une maîtrise de l'IA adaptée au contexte d'utilisation :
- Le règlement européen sur l'IA. L'article 4 du règlement (UE) 2024/1689 oblige fournisseurs et déployeurs à assurer un niveau suffisant de maîtrise de l'IA chez leur personnel depuis le 2 février 2025, en tenant compte du contexte d'utilisation. Une entreprise québécoise dont les systèmes produisent des résultats utilisés dans l'Union européenne peut être visée.
- L'encadrement québécois de l'IA générative dans le secteur public. Depuis le 5 juin 2026, les organismes publics doivent former le personnel qui utilise ces outils et pouvoir le démontrer (exigences de formation dans le secteur public québécois).
- La Loi 25. Les obligations de transparence sur les décisions automatisées (article 12.1 de la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé) supposent que le personnel sache reconnaître un traitement automatisé.
Un cours d'initiation générique constitue un socle commun utile, mais il ne documente ni les usages propres à une organisation, ni ses règles internes, ni ses risques sectoriels.
Questions fréquentes
Le cours fédéral de littératie en IA est-il gratuit ?
Oui. Les trois volets de l'Initiative nationale de littératie en IA, lancée le 9 septembre 2026, sont gratuits pour les étudiants du postsecondaire, les éducateurs de la maternelle au secondaire et le grand public. Le cours destiné aux étudiants dure trois heures et est offert par les établissements membres du consortium piloté par Amii.
Quand le cours sera-t-il offert en français ?
Innovation, Sciences et Développement économique Canada présente le cours comme offert dans les deux langues officielles. L'Alberta Machine Intelligence Institute précise toutefois que la version bilingue du cours destiné aux étudiants sera disponible à partir du 29 septembre 2026, soit après l'ouverture officielle du 21 septembre 2026.
Un cégep québécois peut-il participer à l'initiative fédérale ?
Rien n'empêche un établissement québécois d'adhérer au consortium, la participation étant volontaire. Aucun établissement du Québec n'était toutefois nommé dans les annonces du 9 septembre 2026. L'éducation relevant des provinces, l'établissement doit s'assurer que le contenu respecte les orientations du ministère de l'Enseignement supérieur et les règles québécoises applicables.
Cette formation suffit-elle pour se conformer à l'article 4 de l'AI Act ?
Probablement pas à elle seule. L'article 4 du règlement (UE) 2024/1689 exige un niveau de maîtrise adapté aux connaissances du personnel et au contexte d'utilisation des systèmes. Un cours générique de trois heures peut servir de socle, mais l'organisation doit le compléter par une formation propre à ses outils et documenter l'ensemble.
Sources
- Le gouvernement du Canada lance l'Initiative nationale de littératie en IA (Innovation, Sciences et Développement économique Canada, 9 septembre 2026)
- AI Literacy: Building knowledge and skills for Canadians (Innovation, Sciences et Développement économique Canada, page modifiée le 11 septembre 2026)
- Amii Leads National AI Literacy Initiative to Empower 1 Million Learners (Alberta Machine Intelligence Institute, septembre 2026)
- Canada unveils national AI literacy initiative (BetaKit, septembre 2026)
- Analyse de l'utilisation de l'intelligence artificielle par les entreprises au Canada, deuxième trimestre de 2026 (Statistique Canada, 11 juin 2026)
- Confiance et formation en matière d'IA : le Canada à la traîne (KPMG Canada, juin 2025)
- Règlement (UE) 2024/1689 sur l'intelligence artificielle, article 4 (EUR-Lex)
- Loi constitutionnelle de 1867, article 93 (Justice Canada)
- Guide destiné au personnel enseignant sur l'utilisation pédagogique, éthique et légale de l'IA générative (ministère de l'Éducation du Québec, 2026)






